Le drapeau, le bien, le mal, tout ça, c’est d’un ringard…

Patriote drapeau france.jpg« Patriote » et « drapeau » : beaux mots ou gros mots ?

Aux États-Unis, les enfants sont habitués, très jeunes, au lever du drapeau et ils connaissent tous par cœur les paroles de The Star-Spangled Banner (en français : la Bannière étoilée), l’hymne national, dont chaque étoile représente l’un des États et dont chaque citoyen, quel que soit son âge se sent faire partie intégrante.

Les paroles ont été écrites par un avocat, Francis Scott Key, pendant la seconde guerre d’indépendance (1812) que les jeunes États-Unis menèrent contre l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

Elles sont aussi guerrières (contexte oblige) que notre Marseillaise et aussi difficiles à retenir que celles du sang impur qui abreuve nos sillons.

Mais outre-Atlantique, personne ne les ignore, car toutes les occasions sont bonnes pour communier, la main sur le cœur, dans le sentiment d’appartenance : réunions publiques, spectacles, défilés de chars du 4 juillet, cérémonies de fin d’études (oui, il y a des cérémonies solennelles de remise des diplômes au pays où « notre bannière étoilée flotte longtemps sur le pays de la liberté, au pays des braves ! »)

Le résultat, c’est que l’immense majorité des Américains est heureuse et fière de sa citoyenneté, de son pays et de son drapeau.

D’où l’on vient et où l’on ne veut plus aller

Jusqu’à mai 1968, la Marseillaise était enseignée dans toutes les écoles et elle était interprétée par la chorale à chaque remise de prix de fin d’année.

Il ne faut pas voir dans ce rappel la nostalgie d’un « c’était mieux avant » machinal, mais l’observation que les mêmes causes produisent les mêmes effets : quand on élève les enfants dans le respect de certaines valeurs et que ce respect est symbolisé dans des rites communs, ils développent un sentiment d’appartenance à la communauté.

Quand, à l’inverse, on leur enseigne un « roman national » où la nation a toujours le rôle du méchant et que, parallèlement, tous les symboles d’appartenance sont ridiculisés et toutes les institutions méprisées, on obtient un rejet automatique de tout ce qui fait le ciment des cités, au sens athénien du terme.

Pas de cité, pas de citoyens, mais une société de consommateurs, des individus allaités à l’égoïsme, « qui connaissent leurs droits », à commencer par le premier, celui d’avoir tous les droits et de n’en concéder aucun à autrui.

Tête de gondole

Le sentiment d’appartenance, le sens du devoir, l’envie de se dévouer n’avaient pas disparu : on les avait juste retirés des têtes de gondoles où les avaient remplacés le communautarisme, l’impunité ethnico-religieuse et le djihad, qui se vendaient beaucoup mieux que les produits de la génération précédente.

Que ces consommateurs individualistes élisent comme Président un européiste hors-sol ne devrait surprendre personne. Que ce citoyen de partout sauf de chez lui, déclare, à peine intronisé, qu’« il n’y a pas de culture française, il y a une culture en France( France Culture) » relève de la même logique.

On pose ses valises à l’Élysée, un palais construit pour le Comte d’Évreux en 1720, offert par Louis XV à Madame de Pompadour en 1753, puis habité par le beau-frère de Napoléon 1er, on se sert un petit verre et on écoute du rap : « Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge, petits et grands. Fouettez-les fort, faites-le franchement, que ça pue la mort, que ça pisse le sang. »

Et alors ? Pas de quoi fouetter un chat, « C’est un message d’amour en profondeur, plus qu’un message de haine », a expliqué l’artiste, Nick Conrad (Euronews), probablement désolé d’avoir affaire à des blaireaux aussi premier degré…

Tournant marketing ou retour moral ?

On ne sait pas si c’est le rap, les différents dialectes parlés dans les cités (qui éliminent toute possibilité de francophonie dans l’Hexagone) ou le fait que la France dévale le classement PISA plus vite que le peloton du Tour la descente du Tourmalet, mais l’État a décidé qu’il fallait que ça change. Et donc, virage à 180°, il existe bien une langue française et on va l’enseigner aux écoliers, idem pour la culture, qui va montrer le tout petit bout d’une timide narine. Et pendant qu’on y est, en plus du vocabulaire (qui ne se limite pas à « Mort aux keufs », « qui t’y es twah ? » et « wesh »), on va apprendre aux gamins que « Français » renvoie à une histoire qui n’a pas commencé avec les Gilets jaunes.

La conduite, ça s’appuie sur l’apprentissage du code

Le code du vivre ensemble, ce sont les symboles de la république.

En février 2019, pendant le débat sur l’examen du projet de loi « pour une école de confiance », un député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a demandé que la présence du drapeau français soit rendue obligatoire dans toutes les classes, de la maternelle au lycée. L’Assemblée nationale y a ajouté le drapeau européen et les paroles de la Marseillaise. Enfin, le refrain…

Dans la foulée, le même député a rajouté une couche de rappel au vivre-ensemble-dans-la-république-laïque en proposant un amendement pour que soit interdit « le port de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse ».

Ce simple rappel de ce qui fonde la république a suffi à énerver un député issu de la mouvance « il n’y a pas de culture française » : « Il faut arrêter de prendre les amendements les plus réactionnaires de Ciotti. Hier c’était le drapeau, là c’est le voile et demain ça sera le mot étranger ? Tout ça est très éloigné de la philosophie d’En marche ! (le Point) »

Le drapeau, c’est réac et respecter la loi, c’est insupportable

Pourtant, cet amendement existe déjà, mot pour mot, depuis 2004 : « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ».

L’exposé des motifs à l’origine de son introduction dans la loi n’a, en quatorze ans, pas perdu une virgule de sa pertinence :

« La loi du 15 mars 2004 est prise en application du principe constitutionnel de laïcité qui est un des fondements de l’école publique. Ce principe, fruit d’une longue histoire, repose sur le respect de la liberté de conscience et sur l’affirmation de valeurs communes qui fondent l’unité nationale par-delà les appartenances particulières.
L’école a pour mission de transmettre les valeurs de la République parmi lesquelles l’égale dignité de tous les êtres humains, l’égalité entre les hommes et les femmes et la liberté de chacun y compris dans le choix de son mode de vie. (…) En protégeant l’école des revendications communautaires, la loi conforte son rôle en faveur d’un vouloir-vivre-ensemble.[1] » 

Certains n’ont pas dépassé le « il est interdit d’interdire »

Les adolescents qui ont « fait mai 68 » se sont bien amusés, l’auteur de ces lignes peut en témoigner. Décréter l’interdiction d’interdire faisait du sens à une époque où les enfants ne parlaient pas à table et où les écoles mixtes étaient l’exception.

La balancier est allé trèèèès loin dans l’autre sens et l’égalité des citoyens devant la loi est aujourd’hui modulée en fonction de leur origine et de leur habitat, de telle manière que la notion de responsabilité ne concerne qu’une partie de la population.

Pourtant, ce n’est pas parce que la sanction oublie une catégorie de citoyens que certains s’indignent lorsqu’un projet de loi prétend remettre au goût du jour l’égalité pour tous avec la corrélation entre responsabilité, culpabilité et sanction.

En effet, après que les manifestations des gilets jaunes aient été régulièrement confisquées par des casseurs, black blocs et autres violents, qui ont occasionné des millions d’euros de dégâts, on aurait pu imaginer qu’une proposition de loi anticasseurs serait accueillie favorablement. Nenni !

On est contre parce qu’on est contre, ou bien ?

Cette loi prévoit que les préfets pourront interdire certaines manifestations, sous peine de six mois de prison et de 7 500 euros d’amende, que sur réquisition du procureur, des fouilles pourront être effectuées dans l’objectif de trouver des « armes par destination » et surtout, elle responsabilise ceux qui commettent des dégradations et des pillages en instituant le principe du « casseur-payeur ».

Il est logique que ceux qui considèrent qu’il n’existe pas de culture française s’opposent au fait de vouloir punir ceux qui s’attaquent aux biens la symbolisant, comme l’Arc de Triomphe, pour n’en citer qu’un.

Certains membres de la majorité présidentielle ne partagent pas avec leur chef de file la dextérité à effectuer des virages, aussi, malgré les consignes staliniennes imposées aux députés de LREM, cinquante d’entre eux se sont abstenus de voter le texte proposé par leur propre gouvernement. Ça fait désordre.

C’est drôle comme, dans certains cas très particuliers, ces gens, qui défendent les manifestants en bloc, casseurs inclus, sont capables de nuances très fines : « L’essentiel, c’est qu’il n’y a eu aucun vote contre », s’est rasséréné Gilles Le Gendre, le patron de leur groupe à l’Assemblée.

Mais le pompon va, évidemment, au grand récupérateur Insoumis, qui dénonce « une loi scélérate ». Parole d’expert ès scélératesse ! CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, mabatim.info

[1] CIRCULAIRE N°2004-084 Du 18-5-2004 JO du 22-5-2004.

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2 commentaires

  1. La loi de 2004 était sans doute nécessaire. Malheureusement, elle n’a pas dérogé à la symétrologie habituelle. Une seule religion posait problème mais afin de ne pas « stigmatiser », on a mis toutes les autres dans le même paquet. Entre la loi de 1905 et le début des années 80, le port de la kippa, de croix ostensibles, les crèches et les sapins à Noël ne choquaient personne. Pourtant, la laïcité était déjà inscrite dans notre constitution. L’harmonie s’est rompue avec l’irruption de l’islam dans notre société. Les juifs et les chrétiens s’étaient parfaitement accommodés entre eux. Peut-être, après tout, est-ce de cela que l’on crève: ne pas être capable de pondre des lois « viriles » capables de désigner les responsables des dynamiteurs de la cohésion sociale.

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