Drapeau des fiertés, déni de dignité

lgbt drapeau.jpgL’homosexualité est-elle un pays ?

« Gay Pride : polémique après l’interdiction de drapeaux arc-en-ciel sur les ambassades américaines ».

Voici le titre donné par l’AFP à un de ses dépêches, dans le cadre du formatage de l’ensemble de la presse francophone (l’Express).

L’AFP, c’est l’Agence France Presse, un nom lisible à différents niveaux, chacun comportant ses strates d’interprétation : agence, comme « agence de presse », mais aussi comme « agence de l’État ». Les agences d’État sont des « entités qui, quoique distinctes de l’État, sont étroitement contrôlées et largement financées par lui. » Lorsque le gouvernement a demandé à l’IGF un rapport sur ces agences, en 2010, elles étaient au nombre de 1244 (Ministère de l’Économie).

L’AFP est l’Agence France Presse, pas l’agence française de presse. Il faut voir là un choix plus sémantique qu’euphonique : c’est la France qui s’exprime et non la presse, autrement dit, le Quai d’Orsay et non des professionnels de l’information. Les dépêches qui formatent les médias français sont donc systématiquement construites en fonction des valeurs, de l’idéologie et de la politique extérieure de l’État français. C’est le cas de ces drapeaux arc-en-ciel interdits, plus révélateurs des valeurs françaises du moment et des publics que le gouvernement cherche à séduire, que des enjeux américains.

Qu’est-ce qu’un drapeau ?

De même qu’un cœur n’est, physiologiquement, qu’un muscle, mais paré du statut symbolique capital de réceptacle de l’amour, l’importance symbolique du drapeau est inversement proportionnelle à sa banalité matérielle : « pièce d’étoffe attachée à une hampe, servant autrefois d’enseigne militaire et devenue, depuis le XIXe siècle, l’emblème d’une nation, dont elle porte les couleurs (Larousse). »

Dans notre drapeau tricolore, le bleu symbolise la capitale, dont cette couleur était, à l’origine, l’emblème, le blanc rappelle la monarchie, dont c’était la couleur traditionnelle, et le rouge évoque le sang versé pour libérer le peuple pendant la révolution.

La symbolique du drapeau américain, affectueusement surnommé la bannière étoilée (The Star-Spangled Banner en VO), est totalement différente. Elle évoque le processus d’agrégation des États qui se sont unis pour constituer la fédération : d’abord les origines, 13 bandes horizontales rouges et blanches cousues ensemble pour symboliser leur union, comme les 13 États fondateurs. Ensuite le présent (et l’avenir) : le coin supérieur gauche, orné de 50 étoiles blanches sur fond bleu, représente les 50 États qui constituent aujourd’hui le pays, un nombre qui peut être amené à augmenter. Le blanc symbolise la droiture, le rouge, le courage et la ferveur et le bleu, la loyauté, l’amitié et la justice.

Les enfants américains apprennent la signification de leur drapeau à un âge très tendre et ils chantent leur hymne, qui porte le même nom, la main sur le cœur, avec recueillement, chaque 4 juillet pour célébrer l’indépendance de leur pays. Recueillement ? Drapeau ? Vus avec le prisme AFP, quels bouseux, ces Américains !

L’enseigne interdite est-elle un drapeau ?

Le drapeau national rassemble. À l’inverse, la pièce d’étoffe arc-en-ciel attachée à une hampe n’est pas l’emblème d’une nation, mais le signe d’un choix sexuel particulier : elle sépare. Cet étendard ne concerne pas l’ensemble de la population américaine, mais une minorité qui se distingue par un trait relevant de la sphère privée.

Au XXIe siècle, les choix sexuels sont libres et ne font plus l’objet de stigmatisation, du moment qu’ils restent dans le cadre de la loi : en Occident, le consentement des deux partenaires est indispensable et il existe un âge en dessous duquel un acte sexuel pratiqué avec un adulte fait de ce dernier un pédophile, qui encourt une peine de prison ferme.

C’est différent dans les pays dont la législation s’appuie sur la sharia. Par exemple, le Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies (OHCRC) s’est alarmé, en février 2016, de la législation iranienne, qui légitime le viol conjugal, la peine de mort et la torture des mineurs. De plus en plus de petites fille (âgées de 9 ans, voire moins), sont mariées de force. Diverses formes de violences, tortures et traitements cruels sont infligés à des mineurs accusés de crimes et les enfants dits LGBT subissent des électrochocs (ONU Droits de l’Homme).

Curieusement, ce qui scandalise l’AFP n’est pas ce traitement inhumain, mais l’interdiction de pavoiser la façade des ambassades américaines avec le drapeau arc-en-ciel.

Nous avons la chance de vivre dans un système politique où il est interdit de restreindre les droits d’une catégorie de la population, que ce soit en fonction de son ethnie, de sa religion ou de ses choix personnels. On a aussi le droit de trouver grotesque de vouloir pavoiser les représentations nationales d’un pays à l’étranger avec des kakemonos, enseignes, banderoles, signalisations, affiche publicitaires et autres panneaux d’affichage corporatistes et séparatistes…

Les controverses à discrimination variable de l’AFP

Dans une démocratie, aucune décision politique ne fait l’unanimité, c’est le principe même du système. Toutes les décisions prises, dans quelque domaine que ce soit, peuvent donc être qualifiées de « controversées » : celle de vouloir accrocher des drapeaux LGTB, comme celle d’interdire cette exhibition sur les mâts devant les ambassades.

Pourtant, « En plein mois des Fiertés, le département d’État a confirmé la décision controversée du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo », soupire l’AFP à pleins poumons. La controverse est aussitôt mentionnée par l’ensemble de la presse française, car la gravité de la censure est accentuée par le calendrier : « en plein mois des fiertés ». Nul autre événement ne caractérise Juin, ni l’été, ni la fête des mères, ni celle de la musique et nulle autre décision ne semble faire polémique dans le monde idéologiquement étriqué de l’AFP.

Ce non-événement est repris par tous les grands médias. Il y en a même qui font moins avec plus : en fournissant l’intégralité de la dépêche, ils soulignent son insignifiance en relativisant la portée de l’interdiction et celle de l’indignation qu’elle génère. Polémique, vraiment ? « ‘’Le secrétaire d’État estime que, lorsqu’il s’agit du mât, seul le drapeau américain doit pouvoir y flotter’’, a dit à la presse la porte-parole de la diplomatie américaine, Morgan Ortagus, assurant que seul cet emplacement officiel était concerné par l’interdiction (l’Express). »

La polémique est l’opium du peuple LGTB

« Le sénateur démocrate Ed Markey a dénoncé une « attaque flagrante contre les droits » de la communauté LGBT, appelant l’administration de Donald Trump à « expliquer pourquoi tant de haine » et à revenir sur sa décision. Des défenseurs des droits des homosexuels ont aussi protesté contre cette mesure. », dixit AFP.

Attaque : 1) action d’attaquer quelqu’un, quelque chose ; agression : une attaque à main armée. 2) Action militaire visant à conquérir un objectif ou un pays, à défaire ou à détruire des forces adverses. 3) Première atteinte ou retour aigu d’un état pathologique, en particulier crise nerveuse ou hémorragie cérébrale (Larousse).

Flagrant : Qui est évident, visible au point de ne pouvoir être nié, incontestable (Larousse).

Droits : 1) Ensemble des règles qui régissent les rapports entre les membres d’une même société ; légalité. 2) Faculté, légalement ou réglementairement reconnue à quelqu’un par une autorité publique, d’agir de telle ou telle façon, de jouir de tel ou tel avantage (Larousse).

État pathologique aigu incontestable n’empêchant pas de jouir

On cherche l’agression et on ne trouve aucun abus de droit. La seule chose flagrante, dans l’attaque évoquée par le sénateur démocrate, est une crise nerveuse de paranoïa aiguë : on a du mal à voir en quoi l’interdiction d’installer une bannière célébrant les choix sexuels minoritaires contrevient aux « règles qui régissent les rapports entre les membres d’une même société. »

De quel droit ont été privés les homosexuels ? De défiler pendant la Gay Pride ? Nenni. De se marier ? Aucunement. De jouir de leur différence ? Oncques point.

Du temps d’Obama, c’était mieux, rappelle l’AFP avec gourmandise. Il faut dire que ses salariés avaient voté pour le Black is beautiful lors d’un sondage, avec une unanimité stalino-vénézuélienne. Sous son administration, regrettée par 100% de l’AFP et des médias de ce côté-ci de l’Atlantique, les ambassades pouvaient s’envelopper d’arc-en-ciel devant, derrière, à l’endroit, à l’envers…

Alors qu’avec Trump, quelle régression ! Les bannières présentes à l’intérieur des ambassades, mais interdites sur le mât extérieur. C’est la fin de l’état de droit : Ed Markey en est réduit à se lamenter de « tant de haine », comme un gamin de maternelle à qui on a piqué ses crayons de couleur.

Les voyages forment la jeunesse et ouvrent les perspectives

Il devrait aller voir du côté de Téhéran, où les potes d’Obama continuent d’enrichir l’uranium et de jeter les homosexuels des toits d’immeubles : pendant le mois des fiertés, les affaires continuent.

Les mollah, voilà des gens qui ne souffrent pas d’une attaque flagrante contre leurs droits. Et on ne les empêche même pas de se plaindre.

Ah ben ! C’est comme les LGBT américains !

Ce n’est pas encore la convergence des luttes, mais ils ont déjà en commun les discours et la méthode. CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, MABATIM.INFO

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