Négociation Israël-Liban sur leurs zones maritimes respectives

Gaz naturel.jpgSource : INSS : Institut d’Études Stratégique de l’Université de Tel-Aviv
Oded Eran et Orna Mizrahi – 24/6/2019

Israël et le Liban sont convenues d’entamer des négociations concernant leur frontière maritime. Ce sujet revêt une importance particulière, suite à la découverte de gaz en mer Méditerranée. Les deux pays comprennent que le pragmatisme commande aux deux parties de partager les avantages économiques de la future exploitation gazière.

Jusqu’à présent, toutes les tentatives de médiation avaient échoué, même si Israël en 2011 et 2012 avait fait des concessions concernant la part du Liban à savoir 55%, contre 45% pour Israël sur une zone litigieuse de 860 km².

En fait, c’est la situation économique difficile du Liban qui a obligé les politiciens du pays des cèdres à modérer leurs exigences. Il est fort probable que même le Hezbollah, englué dans une crise économique, a donné son accord aux politiques libanais d’avancer dans la négociation. Le Hezbollah, espère évidemment, bénéficier des dividendes générés par les champs gaziers. On peut se demander si la conclusion d’un accord inciterait le Hezbollah à maintenir le calme le long de la frontière avec Israël. Si  un tel accord est conclu, la coopération régionale quadripartite entre Israël Liban, Chypre et Égypte, n’en sera que plus dynamique. Toutefois, Israël, sans illusions, s’attend à une négociation difficile, pouvant impacter sa sécurité sur la frontière nord. Par conséquent, un comité de pilotage et de suivi multipartite sera mis en œuvre, qui garantira le bon déroulement des négociations ainsi qu’une scrupuleuse application des décisions.

Les négociations entre Israël et le Liban sur la délimitation de la frontière maritime vont commencer prochainement. En raison de l’opposition libanaise à la médiation américaine, le sous-secrétaire d’État américain, David Sutherfield, a pris la décision, de les faire tenir dans les locaux de l’ONU à Naqura (à 5 km au nord de la frontière israélienne). Cependant, les États Unis participent aux discussions, en tant que « facilitateurs ». Le différend entre les deux pays porte sur une zone triangulaire, d’une superficie de 860 km², au large des côtes des deux pays.

Israël et le Liban s’opposent sur la méthode de marquage des frontières :

  • Israël marque la frontière à 90 degrés du point de la frontière terrestre,
  • alors que le Liban la marque comme la continuation de la frontière terrestre.

Le Liban, qui souhaitait réaliser des forages devant ses côtes, il y a une décennie, a par conséquent déposé ses cartes maritimes à l’ONU. La zone litigieuse avait été annexée par le Liban. Israël, considérant cette annexion comme une violation de ses droits, a, à son tour, déposée ses cartes maritimes à l’ONU.

De façon évidente, les deux pays ont intérêt à parvenir à un accord concernant leur frontière maritime, principalement pour des raisons économiques. En 2011, Israël a demandé aux États-Unis une aide à la conclusion d’un tel accord, afin d’éviter que cette question soit discutée dans le cadre du Comité militaire mixte, créé à l’occasion de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à la fin de la deuxième guerre du Liban (2006), dans laquelle le Liban a mis le problème des frontières maritimes à l’ordre du jour. En revanche, Israël refuse que ce problème soit négocié dans le cadre des Nations Unies. En effet, Israël n’est pas signataire de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Il faut mentionner que lors des négociations indirectes menées en 2011-2012, Israël a accepté la proposition de compromis, accordant au Liban une plus grande part de la zone litigieuse, soit 55%.

Le différent Israël/Liban a handicapé le développement de l’économie gazière libanaise. Bien que des sociétés étrangères aient remporté des appels d’offres pour les droits de prospection dans la zone litigieuse, elles ont prudemment annoncé, qu’aucune activité n’y est prévue à courte échéance. L’accord du gouvernement libanais, formé début 2018, pour la reprise des négociations, cette fois directes, témoigne d’une grande détresse économique du Liban. Ce pays, suivant l’estimation de Moody’s, se situe au troisième rang des pays les plus endettés, avec une dette représentant 140% du PIB. Bien que le gouvernement Hariri ait réussi à approuver le « budget d’austérité » pour 2019, les fonctionnaires et les retraités de l’armée protestent contre les réductions des salaires pour les uns et des pensions pour les autres. Une augmentation d’impôts grève également le pouvoir d’achat. Le même Moody’s estime qu’en 2023, la dette atteindra 155% du PIB libanais.

Il est clair, qu’une évolution positive du Hezbollah concernant le différent maritime, a permis au gouvernement libanais d’assouplir sa position en vue des négociations directes. La volonté de négociation des Libanais n’aurait pas été possible sans l’accord de l’organisation, qui espère recueillir des dividendes des futurs revenus gaziers. En raison de son implication dans la guerre en Syrie ses dépenses ont explosé, alors que ses revenus, en raison des sanctions américaines sur l’Iran son parrain, ont drastiquement « dévissé ». Bien que ce changement de position du Hezbollah augmente les chances de parvenir à un accord, l’implication de l’organisation, à tous les niveaux de la gouvernance libanaise et notamment dans des questions liées aux relations Liban-Israël, rend les négociations plus complexes, donc forcement plus longues, car les Libanais rechercheront une partition plus avantageuse que celle proposée précédemment, alors qu’Israël n’a aucune raison d’accepter une formule autre que celle présentée dans le passé et prévoyant déjà, une concession israélienne, (55% au Liban et 45% à Israël).

Israël a entamé la prospection gazière en Méditerranée il y a une vingtaine d’années. Les énormes investissements, tant dans la cartographie des champs gaziers potentiels, que l’évaluation de leur valeur économique, ainsi que dans la construction de l’infrastructure de production et de transport de gaz en Israël, se sont justifiés lorsque l’économie israélienne a commencé sa transition énergétique meilleur marché et plus propre que le pétrole et le charbon. Aujourd’hui, plus des deux tiers de l’électricité produite en Israël provient du gaz naturel. Au-delà de ses avantages écologiques, les revenus de la production gazière remplissent les caisses de l’État. Une solution au conflit avec le Liban ne modifiera pas l’approvisionnement en gaz naturel d’Israël. De toutes façons, les quantités déjà connues satisferont aussi bien les besoins intérieurs que la fourniture de gaz, sur contrats extérieurs, à l’Autorité palestinienne, la Jordanie et l’Egypte.

Le futur accord, si accord il y a, aura également des implications positives sur le conflit avec le Liban et dans une large mesure sur le plan stratégique régional. La question clé est de savoir si la conclusion de cet accord incitera le Hezbollah à maintenir le calme le long de la frontière avec Israël. Compte tenu de la réalité politique libanaise, il est raisonnable de supposer que toutes les parties impliquées (y compris le Hezbollah) bénéficieront des revenus gaziers escomptés. Il est à espérer qu’avec le renforcement de l’influence du Hezbollah dans la vie politique libanaise, son sens des responsabilités, envers l’état libanais grandira. Gageons que tous ces développements l’inciteront à maintenir le calme sur la frontière avec Israël.

Du point de vue régional, un tel accord, amènerait une coopération bilatérale libano-israélienne, en vue de promouvoir un système de transport régional de la Méditerranée orientale vers l’Europe, qui constitue un important marché potentiel pour le gaz de la Méditerranée orientale. Il existe trois alternatives de transport du gaz vers l’Europe :

  • Les terminaux pétroliers égyptien ou chypriotes et de là, par navires-citernes vers les ports d’Europe,
  • Un gazoduc Est Méditerranée – Europe (en phase d’étude par Chypre, Grèce et Israël),
  • Un gazoduc relativement court, qui se raccordera sur le système de pipeline existant en Turquie.

Le coût élevé de chaque option oblige tous les pays de la Méditerranée orientale à une mutualisation de moyens pour les futures infrastructures de transport, qui justifiera des investissements vers l’extérieur de la région.

Malgré l’intérêt commun de parvenir à un accord, les négociations s’annoncent difficiles. En raison de la complexité des questions et de vastes implications de ces négociations pour la sécurité nationale d’Israël, il serait préférable de mettre en place une structure ad hoc, semblable à celle créée pour les négociations avec les Palestiniens de Camp David en 2000.

L’accord concernant la frontière maritime est une étape essentielle, pour commencer la recherche et la production de gaz dans la zone litigieuse. Il est probable que l’étendue du futur champ gazier dépassera les limites de la zone, qui sera négociée dans l’accord. Une fois le problème de la démarcation frontalière résolu, Israël et le Liban devront parvenir à un accord financier de partage de revenus, qui risque, lui aussi, d’être retardé en raison des différences d’approche entre les parties. Afin d’éviter les retards successifs, les deux pays devraient confier les négociations à chacun des concessionnaires, de façon à passer directement à la phase technico-économique. Cette manière de procéder évitera des écueils politiques, tout en conservant à l’échelon politique le droit d’approuver ou non un tel accord. EG♦

Edouard GrisÉdouard Gris, MABATIM.INFO
Traduction et adaptation

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Un commentaire

  1. C’est Israël qui a fait des recherches et qui a découvert le Gaz….. Pourquoi le Liban devrait-il récupérer 55% de ce Gaz (discuter de la longueur du rivage revient a discuter finalement de ça) et Israel 45% alors que si Israël n’avait rien découvert le Liban aurait eu 0,00% de Gaz puisqu’il est trop c.. pour faire des recherches ??…… Pourquoi Israël doit toujours donner plus que la moitie de son c.. lorsqu’il fait quelquechose et en plus donner a quelqu’un LA MAJORITE de SES GAINS a celui qui ne fait rien ? Ce n’est pas juste !

    Qu’Israel arrête ses recherches, ses innovations, et ses progrès technologiques car si a chaque fois qu’il decouvre, qu’il innove et qu’il progresse il doit donner plus de la moitie de son travail a ses voisins qui rêvent de l’exterminer, il vaut mieux qu’il s’abstienne de faire …..Il n’y en effet pas plus abruti comme comportement que de donner tout gratuitement a ceux qui rêvent d’exterminer Israël …comme par exemple le Liban !

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