Néandertal d’hier et d’aujourd’hui : quand la science permet de dépasser le délit de « sale crâne »

homme-de-neandertal.jpgLes sciences bouleversent nos connaissances

Si les sciences et en particulier les nouvelles technologies bouleversent notre vie quotidienne, elles font évoluer de façon considérable nos connaissances, par exemple celles concernant l’histoire et en particulier la préhistoire. L’histoire se fonde sur des écrits réalisés par des hommes ou des femmes qui tentent de caractériser les temps passés. L’histoire est une science qui, jusqu’à récemment, était très affectée par sa dimension humaine, même si l’historien cherchait à fonder ses présentations sur des faits. De tout temps, les dirigeants ont fait écrire l’histoire qui leur convenait (cf. Ramsès II et la bataille de Qadesh, Napoléon III et les Gaulois …), quand ils ne l’écrivaient pas eux même (cf. César et la Guerre des Gaules). De plus, Nietzsche a en partie sabordé l’approche par les faits historiques en disant « il n’y pas de fait, seulement des interprétations ».

Cependant s’il est impossible d’interpréter un fait de façon totalement objective, l’accumulation de faits est de nature à renforcer une explication. Avec le développement de nombreuses méthodes de datation, l’histoire s’enrichit des apports de l’archéologie, par exemple, qui permet de constater que des faits rapportés ont ou pas laissé les traces attendues. Des approches scientifiques permettent de préciser des événements ou leur contexte et de remettre en cause parfois des versions historiques admises, par exemple, de façon anecdotique, la paléopathologie a permis récemment de montrer que saint Louis n’est pas mort de la peste, mais du scorbut.

Les sciences nous font réécrire notre vision de la préhistoire

Dans ce contexte, notre vision de la préhistoire a, elle aussi, beaucoup évolué. Historiquement, la préhistoire était fondée sur l’identification, la classification des artéfacts découverts. L’on désignait les objets du nom de la localité de la découverte ou du découvreur, mais, en l’absence de possibilité de datation, on ne savait pas par exemple attribuer au Néandertalien (découvert en 1856 dans la vallée de Néander – Allemagne) le Moustérien (découvert par Gabriel Mortillet 1872 au Moustier – Dordogne). Alors que l’on valorisait le Moustérien et vantait sa technique, on dénigrait Néandertal le présentant comme une brute et lui niant même son humanité.

En fait, en l’absence de moyens scientifiques, notamment de méthode de datation absolue, il était impossible d’ordonnancer toutes les découvertes, même si en fonction des couches où elles étaient, on avait un début de piste. De plus, culturellement, il était difficile d’envisager la préhistoire au-delà du déluge et d’imaginer des périodes antérieures de plusieurs centaines de milliers d’années avant Jésus Christ (Néandertal, Denisova …) ou plusieurs millions (Toumai, Lucy …). Aujourd’hui, avec de nombreuses techniques, on appréhende mieux ces périodes et, avec les analyses ADN, Néandertal est même devenu un cousin des Eurasiens qui ont hérité environ 2% de ses gènes, mieux ils n’ont pas tous les mêmes et tous ensemble ils en ont 30%. Ces gènes hérités de Néandertal viennent de nombreux métissages avec Sapiens (les plus anciens au Moyen-Orient, les plus tardifs en Europe) et il en ressort des caractéristiques particulières, positives au niveau du système immunitaire ou négatives pour certaines allergies.

Néandertal est réhabilité

La vision actuelle de Néandertal, qui a vécu de – 430.000 à – 30.000 a été totalement renouvelée, ce que l’on nous enseignait il y a cinquante ans était tout faux, tout comme la théorie des vagues successives de peuplement sans métissage. Des outils « modernes » vieux de 300.000 ans surprennent les paléontologues et on a établi que Néandertal était doté du langage, qu’il y a 176.500 ans, il était déjà un bâtisseur, que les plus anciennes peintures rupestres européennes sont son œuvre, qu’il fabriquait des bijoux, prenait soin des blessés, enterrait ses morts, savait faire du feu, préparait des plats, avait une nourriture variée, prenait des plantes médicinales pour lutter contre plusieurs pathologies, n’était pas plus violent que Sapiens, mais était aussi parfois cannibale (des Sapiens l’étaient encore récemment). MB

Michel BruleyPS : Regardez l’exposition que le musée de l’homme a récemment consacrée à Néandertal

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