Le décès de Jacques Chirac : décryptage d’une surmédiatisation

jacques-chirac.jpgDu grand homme en France et… en politique

Chirac était un homme actif, tonique, spirituel et cultivé. Mais cela suffit-il à en faire un grand homme politique ?

Avec son côté grand gars sain aux dents blanches il incarnait une sorte de compromis entre Tintin, 007 quand c’était Sean Connery qui le jouait et le chevalier Bayard – car il avait un courage physique et il fut, un temps, tenté par une carrière militaire. Des pommes lui firent un boulevard dans le cœur des Français, toujours prompts à se laisser caresser dans le sens du poil quand on les oriente sur des sujets mineurs et qui n’exigent d’eux aucun courage. En bref il était la brosse à reluire d’une France qui, faute d’occuper encore une place dans le monde, se rapprochait, par anti-américanisme et goût de l’irrationnel (patent chez Chirac et signe peu rassurant s’agissant d’un responsable politique) des arts premiers et de la civilisation arabe, choses auxquelles les Américains du nord ne vouent pas le moindre culte, ce qui lui laissa le terrain libre.

La preuve de ce que j’avance ici c’est que Chirac savait aussi se montrer méprisant envers les immigrés quand il rappelait « le bruit et l’odeur » et dédaigneux envers les Israéliens quand il se promenait au milieu d’une foule compacte à Jérusalem-est sous la garde de soldats juifs qu’il ne sut remercier de leur vigilance qu’en les toisant, en profitant ostensiblement de la présence des caméras, de la menace de rejoindre son avion s’ils continuaient à écarter la population locale arabe qui le pressait de toutes parts. Le sourire incrédule et gêné de celui qui le couvre sur sa gauche en dit long sur la frustration et l’exaspération rentrée de l’Israélien obligé de servir de garde du corps à pareil ruffian tout en supportant la manifestation de son narcissisme ; mais aucun média mainstream français ne saurait le reconnaître ; bien au contraire on loue « le rebelle » ! Pour appeler « rebelle » un homme politique français qui méprise ouvertement ceux qui sont en charge de sa protection parce qu’il se croit ou plutôt se veut missionné pour défendre les intérêts de Palestiniens encore imbus d’un désir génocidaire envers les Juifs et Israël, il faut être tombés bien bas.

Oui Chirac incarnait alors bien une certaine France contente de soi à peu de frais à laquelle il fit des efforts pour se rendre sympathique – ce qu’il n’était guère au début à cause d’une mâchoire carrée et carnassière et d’une façon de parler qui était majoritairement perçue comme coupante et repoussante. Je le sais pour avoir reçu, quand il n’avait pas encore été élu, dans les années 80 au domicile de mes parents où j’étais de passage, des enquêteurs qui me firent regarder et juger plusieurs photos de lui pour les commenter, puis les classer par ordre de sympathie croissante. C’était avant les élections présidentielles de 1988 où il se présenta, on s’en souvient et perdit contre Mitterrand dont il avait été le premier ministre de 1986 à 1988. Après cette étude d’image il apprit à modifier sa manière de parler et de se présenter et y réussit, mais ce n’était pas sa façon spontanée d’être.

Dire que tout ce qu’on rapporte aujourd’hui de lui en positif est faux et surfait serait stupide. L’histoire de l’enquête et des photos elle-même n’est pas négative et prouve qu’il désirait changer et s’améliorer et on ne peut pas lui en vouloir de cela, tout au contraire, cela dénote une certaine humilité de bon aloi.

Il synthétisa des qualités inhérentes à un bon président de la République : incarner l’écoute empathique mais aussi le père charismatique ; la culture savante et élitiste et la culture populaire. Il fut rassembleur tout en restant démocrate.

Mais il n’a, tout en reconnaissant la responsabilité de l’État de Vichy dans le génocide juif, rien fait pour transformer en profondeur l’imprégnation antisémite de la culture européenne et française, préférant tresser des lauriers aux cultures lointaines, ce qui profitait à son image tout en lui faisant chômer le devoir de regarder en face la culture européenne, sa culture ; rien pour faire avancer la compréhension des Français au sujet de la nécessité de déconstruire les stéréotypes antisémites qui avaient rendu concevable leur adhésion à un régime comme Vichy. La cause de cette abstention ? Il ne fallait pas toucher à la préférence arabe de la France déjà si patente sous De Gaulle. Et pas fâcher les antisémites canal historique : donc si sa bonne santé et son côté bon vivant lui permirent d’aller jusqu’au discours du Vél d’Hiv en 1995, son désir d’être apprécié et de ne pas faire de vagues ne lui permirent pas de se montrer plus inventif et plus courageux, ce qui aurait été logiquement l’étape suivante de son discours.

Comment comprendre la surmédiatisation de la mort de Jacques Chirac ?

La question de la grandeur historique d’un homme politique ne peut se limiter à l’estime que nous avons pour sa vitalité quoique cette qualité, pourtant involontaire, nous renvoie à une sorte d’invulnérabilité de la France en un temps – aujourd’hui – bien morose dans lequel nous ne savons plus comment nous dépêtrer de toutes les menaces qui nous guettent : terrorisme islamique, fin du monde atomique ou encore écologique, récession économique. La veillée autour du Père de la nation – qui sert si opportunément à masquer la cause du drame de l’incendie – sans nul doute encore criminel et terroriste de l’usine Lubrizol classée Seveso indice haute dangerosité, survenu le même jour à Rouen, comme celui de l’usine AZF de Toulouse en 2001 – permet de se rassurer comme des enfants, en évoquant un président « des Français » – De Gaulle était plutôt celui de la France – loué autant pour ses qualités personnelles – ce qui est tout de même un peu court pour un président de la République en charge de l’intérêt général – que par lâcheté politique envers les défis du présent, à commencer par le caractère clivant de l’actuel président de la République qui, c’est vrai, ferait bien de prendre de la graine de l’exemple de Chirac, ne serait-ce que pour désamorcer le mouvement lancinant des Gilets jaunes. Mais il semblerait que, tandis que la passion de Chirac fut de rassembler, celle d’Emmanuel Macron soit de diviser : et dans les deux cas les Français reçoivent le message 5 sur 5.

Nous n’échapperons pas cette fois encore, au culte de la personnalité dans les médias : le plus grand reproche que nous entendons et qui sera fait à Chirac, sera d’avoir trahi Jacques Chaban-Delmas et Édouard Balladur : en régime présidentiel on ne se pose pas même la question de savoir si le président a ou non trahi les Français. Mais puisqu’on est en politique, comme le rappelle au micro de Jean-Jacques Bourdin, Jean-Louis Debré on n’est pas chez les Bisounours et si on ne tue pas le premier on est tué. Donc tout compte fait, il n’y a rien à lui reprocher… Ah si des emplois fictifs à la Mairie de Paris : ah mais réplique encore Debré, pour lui c’était aider ceux qui venaient le voir pour cela et il n’avait rien à en tirer comme bénéfice personnel : te absolvo mi fili !

Bref, Chirac et son sourire réformé pour passer de carnassier à empathique serviront encore longtemps aux Français pour se défausser devant leurs responsabilités actuelles et célébrer, à travers l’un des leurs leur manière si particulière d’en faire le moins pour se vanter d’en faire le plus, dans le seul et unique souci de l’image…

Et la France ira de plus en plus mal, car c’est tout juste le contraire qui lui permettrait d’aller mieux.

Il est un autre service, inattendu mais d’importance, que Jacques Chirac, mort le jour même de l’incendie d’une usine d’additifs de produits pétroliers sise à Rouen, rendit à la classe politique en lui donnant abondamment matière à… n’en parler qu’a minima !

À la suite de l’incendie de l’usine Lubrizol dans la nuit du 25 au 26 septembre dernier, le vendredi 27 septembre le préfet de Rouen informa la population qu’il avait été trouvé de l’oxyde d’azote notamment sur le Carrefour de Mont Saint-Aignan. Il est 11h30. Il s’agit d’une analyse d’un laboratoire privé d’analyses de la qualité de l’air de Paris, dont le nom ne nous est pas communiqué. Habitant tout près de Rouen, je fais le numéro de la Préfecture dédié à l’information de la population depuis le jeudi 26 au matin : le 02 32 76 55 66. Au téléphone je demande de quel oxyde d’azote il s’agit, le NO monoxyde d’azote ou le NO2 le dioxyde d’azote, car les niveaux de concentration dangereuses ne sont pas du tout les mêmes : l’interlocutrice est déroutée et me dit que « Monsieur le Préfet communique en temps et heure à son staff tout ce qu’il sait. » Je lui fais remarquer que cela ne veut rien dire « oxyde d’azote » et que Mont Saint-Aignan est un campus universitaire, par conséquent il ne s’agit pas de nous parler comme à des bébés ; qu’il est possible de s’informer de manière précise sur des sites internet et que la préfecture ne paie pas un laboratoire pour avoir des informations aussi floues. La voix revient à la charge avec son « Monsieur le Préfet » qui sent bon son clientélisme local et l’absence de toute rigueur morale et intellectuelle. On a compris : l’enfumage médiatique de la population sera bien à la hauteur de son enfumage chimique. Elle promet néanmoins qu’elle fait bien remonter à M. Le, etc. toutes les questions de la population… On reste coi devant tant de professionnalisme.

Les gaz émis par l’incendie de Lubrizol seraient-ils neutralisables en croquant dans des pommes, jouant en la circonstance le même rôle que les mains des rois qui, autrefois guérissaient les écrouelles[1] ?

Il n’y a aucune raison valable de ne pas le croire ; d’où la surmédiatisation du plus grand ambassadeur des pommes de l’histoire de l’Humanité. NL

lamnNadia Lamm, MABATIM.INFO
Philosophe

[1] Les écrouelles sont le nom d’une maladie d’origine tuberculeuse provoquant des fistules jugulaires localisées dans les ganglions lymphatiques du cou. Du Moyen Âge au XIXᵉ siècle, les rois de France et d’Angleterre sont réputés détenir le pouvoir de guérir les écrouelles par simple imposition des mains. Dans son livre Les Rois thaumaturges (1924), Marc Bloch étudie la croyance dans le toucher royal des écrouelles.

5 commentaires

  1. Merci pour cet article percutant.
    Je voudrais simplement mentionner un autre épisode, très révélateur de son mépris envers Israel: lors de sa visite en Israel en novembre 1987, il fut décidé d’une « légère dérogation » (sic!) au Corpus Separatum et décidé que le village d’Abou Gosh jouirait d’un statut d’extraterritorialité lors de la messe à laquelle Jacques Chirac devait assister.
    J’en ai rendu compte dans un des mes articles:
    https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/09/09/laicite-a-geometrie-variable/

    Shana tova oumetouka שנה טובה ומתוקה

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  2. Tout est superficiel ,sauf les initiatives prises a l encontre de l état Juif .
    Le résultat est plus que mitigé dans tous les domaines y compris dans le domaine économique , malgré l injection de centaines de milliards de la part des « amis et alliés « arabes ,la France vit sous perfusion ,elle devra s occuper pour gagner un peu de « tranquillité  » de son immigration choisie qui compte certainement plus du double des chiffres annoncés.
    Dans tout cela ,les Juifs serviront de balle de ping ping.

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  3. Chirac avait cette rare qualité qu aucun de ses successeurs n a incarnée : il representait une synthese du français ideal : bon vivant , attaché a sa terre , accessible et toujours souriant , simple et sans histoires ;
    D aucun y rajouterait la qualité de grand magouilleur , mais celle ci semble inseparable de l etat d homme politique , quant au courage et a la vision , on n aura jamais de reponse car il nous en a genereusement epargnés , comme la plupart des dirigeants de ce grand pays

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