Pourquoi ne serais-je pas moi aussi un réfugié palestinien ?

refugies-palestine.jpgOn dit qu’on pourrait écrire un roman de la vie de chaque juif. La vie de ma mère en est un.

Ma mère, Malka Royal (zal), a fait son alya à l’âge de vingt ans. Elle quitta Radom, sa Pologne antisémite natale pour rejoindre le Yichouv en Eretz Israël, « Palestine » sous mandat britannique. C’était en 1934. Elle obtint des Anglais des papiers palestiniens. La vie était difficile en Palestine. Trop individualiste pour supporter le kibboutz, elle trouva du travail comme employée de maison dans une famille turque. Le travail était dur.

C’était la pleine période de la « grande révolte arabe de 1936 à 1939 » fomentée par le Grand Mufti de Jérusalem nommé par les Anglais, Amine el Husseini et son groupe paramilitaire al Futuwwah appelés officiellement « les scouts nazis ». Ils semaient la terreur, assassinant et torturant les soldats anglais, les civils juifs et les démocrates arabes.

Tous les soirs Malka devait dominer sa peur pour rentrer chez elle en traversant le quartier arabe de Haïfa. Un jour de 1938, elle reçut de son amoureux de Pologne une lettre l’invitant à le rejoindre à Paris. Il lui envoyait un billet pour le voyage en troisième classe et mille francs, une somme considérable à l’époque… Elle l’ignorait alors, mais elle quittait Charybde pour Scylla. L’invasion de Paris par les nazis suivit de près son arrivée. Et avec eux commença le temps de l’étoile jaune et de la résistance dans la MOI[1]. Lutek, son compagnon pris dans une rafle, disparut à Auschwitz. Malka fut arrêtée à son tour en tant que résistante, fit six mois de prison à la Petite Roquette avant d’être transférée à Drancy le 8 avril 1943, puis déportée par le convoi n°55 le 23 juin suivant. Elle réussit à survivre à deux ans et demi d’Auschwitz et la marche de la mort et à revenir en France.

Il me fallait faire ce détour mémoriel avant d’en arriver à la question complexe des migrations et du problème des réfugiés.

Un réfugié, selon la Convention du 28 juillet 1951 est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle, qui craint avec raison d’être persécutée du fait de son appartenance communautaire, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe ethnique ou social, ou de ses opinions politiques et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de la dite crainte.

Cette définition est valable pour tous les réfugiés de par le monde hormis les « réfugiés palestiniens ».

Contrairement au statut de réfugié donné depuis 1945 par l’ONU aux autres populations déplacées au cours de conflits dans le reste du monde, le statut de « réfugiés palestiniens » englobe non seulement l’ensemble des personnes qui résidaient en Palestine mandataire entre juin 1946 et mai 1948 et qui ont quitté leur région à la suite de la guerre dite d’indépendance de 1948. Cette définition valable pour les réfugiés arabes s’applique aussi à tous leurs descendants sans limite de durée.

Malka n’a pas quitté la Palestine pendant la guerre de 1948, mais pendant la grande révolte arabe durant laquelle les conditions de vie n’étaient pas meilleures et les risques pour la survie tout aussi évidents. Elle quitta Haïfa par bateau avec un groupe de migrants juifs palestiniens qui partaient en Europe trouver du travail. Leur situation fut celle des réfugiés reconnus par l’ONU et à la restriction de date près, celle des réfugiés palestiniens, à moins, qu’on leur applique des conditions particulières ethniques ou religieuses. Mais ce n’est pas écrit dans leur statut.

Pourquoi deux poids, deux mesures ? De la même façon que le statut de réfugiés palestiniens s’applique aux Arabes qui ont fui la Palestine pendant la guerre de 1948, il serait équitable de l’appliquer aux Juifs chassés par la révolte arabe de 1936 à visée de purification ethnique.

En conséquence, il me semble légitime d’adresser à l’UNRWA[2] et à l’UNHCR[3] la demande expresse de reconnaissance des réfugiés de Palestine de 1936, Arabes, Juifs et Druzes, en tant que réfugiés palestiniens à part entière. Ceci implique bien entendu l’élargissement de ce statut à leurs descendants. Comme pour ceux de 1948.

Ce qui ferait de moi et de beaucoup d’autres des « réfugiés palestiniens ». KF

Klod FrydmanKlod Frydman, MABATIM.INFO

[1] Main d’œuvre immigrée. Célèbre pour le poème d’Aragon « l’Affiche Rouge » mis en musique par Léo Ferré.
[2] Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA – United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East, en anglais).
[3] Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

6 commentaires

  1. […] *A propos des pogroms des années 30, lisez cet article de Klod Frydman: C’était la pleine période de la « grande révolte arabe de 1936 à 1939 » fomentée par le Grand Mufti de Jérusalem nommé par les Anglais, Amine el Husseini et son groupe paramilitaire al Futuwwah appelés officiellement « les scouts nazis ». Ils semaient la terreur, assassinant et torturant les soldats anglais, les civils juifs et les démocrates arabes. Pourquoi ne serais-je pas moi aussi un réfugié palestinien ? […]

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  2. Euh … Hadjadj, ce n’est pas de l’humour, la question est sérieuse.
    Ma mère aussi est partie à 20 ans, en 1932, de Roumanie vers la Palestine où se trouvaient déjà ses frères partis en Palestine en 1920. Un de ses frères a créé un kibboutz dans le Negev.
    Elle est venue en France également en 1938, dans les mêmes conditions, fuyant la terreur arabe envers les juifs.
    Je suis donc aussi un réfugié juif palestinien et il faut que je demande une part des milliards destinés aux réfugiés palestiniens depuis ma naissance en 1945, allez, je fais une fleur, depuis 1948

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  3. En fait, et juste pour enquiquiner ces braves gens onusiens, il serait bon de presenter cette requete.
    D’autant plus que le cas de vtre maman n’est surement pas isole.

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  4. On aurait pu y penser plut tôt .
    Excellente remarque ,mais il faudra batailler longtemps ,car la vieille Europe ne connaît que les larmes des « pov palestiniens  » et admet l usurpation du nom palestinien .

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