Tachkent « la Juste », capitale de l’Ouzbékistan

Tachkent 2.jpgL’une des pages les plus fameuses de l’histoire de l’Asie Centrale est étroitement liée à la plus grande tragédie connue par le peuple juif ainsi que le terrible désastre qui a touché la population de la partie européenne de l’Union Soviétique durant la seconde guerre mondiale. Cela s’est passé dans ce qui était alors la République Soviétique d’Ouzbékistan, au cœur de l’Asie centrale.

En 1939, le pacte Germano-Soviétique est signé et stipule que les deux puissances ne s’affronteront pas durant les dix années suivantes. Mais en juin 1941, Hitler rompt cet accord et lance l’opération Barbarossa qui vise à envahir l’URSS.

Cette invasion, nommée « Grande Guerre Patriotique » en Union Soviétique, trouve l’armée Rouge et le pays complètement impréparés, ce qui provoque un incroyable désastre militaire et humain dans toutes les zones occupées par les nazis, c’est-à-dire l’Ouest de l’immense URSS et plus précisément : l’Ukraine, la Biélorussie, et l’Ouest de la Russie.

Mais la taille du pays, qui s’étend jusqu’à l’océan Pacifique permit à de nombreux réfugiés de fuir les zones de combats en partant vers l’Est. C’est ainsi que l’Ouzbékistan accueillit 1,5 millions de réfugiés dont environ 500.000 juifs, parmi lesquels des orphelins, des adolescents, des veuves et des personnes âgées venant d’Ukraine, de Moldavie, de Biélorussie, de Russie et aussi de Pologne.

À l’époque, l’Ouzbékistan comptait 6 millions d’habitants dont 1,5 millions avaient été prélevés par l’Armée Rouge pour combattre le nazisme.

Les Ouzbeks qui étaient restés dans leur République s’illustrèrent par la bravoure et l’humanité avec laquelle ils accueillirent les réfugiés, le plus souvent de la même manière qu’ils auraient donné l’hospitalité à des membres de leur propre famille. Il existe trop d’histoires d’orphelins littéralement adoptés comme de nouveaux enfants par les familles d’accueil. Un véritable mouvement d’adoption est né durant ces années de guerre. Les Ouzbeks qui avaient déjà des familles nombreuses à l’époque, ont redoublé d’efforts pour se donner les moyens d’aider les réfugiés. Ils montrèrent ainsi leur détermination à en accueillir le plus grand nombre possible.

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Shaakhmed Shamakhmudov et sa femme Bahri avec 14 enfants orphelins adoptés

Shaakhmed Shamakhmudov et son épouse Bahri sont célèbres pour avoir adopté 14 orphelins de guerre provenant de différentes Républiques soviétiques y compris deux juifs. Un monument qui leur était dédié avait été déplacé du centre de Tachkent vers la périphérie, à l’époque du Président Karimov. Or, le nouveau Président de l’Ouzbékistan (indépendante depuis 1991), Shavkat Mirziyoyev a tenu à ramener ce monument au centre-ville (à côté du palais de l’amitié entre les peuples) pour lui donner la visibilité qu’il mérite.

Vyacheslav Shatokhin, né en 1961 d’une mère évacuée vers l’Ouzbékistan pendant la grande guerre patriotique, et dont la famille avait décidé de demeurer en Asie centrale après le conflit, connait des quantités d’histoires pleines d’humanité datant de cette sombre période. « Un véritable mouvement pour l’adoption est né en Ouzbékistan à l’époque et ce sont des centaines de milliers d’enfants et d’adolescents sans familles qui ont trouvé un foyer ».

Shatokhin considère que tout film, livre, voire musée consacré à cet épisode constituerait une « mizvah » envers le peuple ouzbek et ses incroyables et innombrables bonnes actions envers les réfugiés.

Avant d’arriver à Tachkent, la mère de Shatokhin, Nazarovna Hotimlyanskaya (née en 1930) était passée par Ferghana (au Nord-Est de l’Ouzbékistan), accompagnée de sa propre mère et de sa tante, en provenance de Poltava (Ukraine), cependant que son grand-père, Nazar était tué dans les combats de l’année 1941.

Diplômé en Droit de l’Université de Tachkent en 1983, Vyacheslav Shatokhin a émigré à New York en 1997. Depuis 2010, il a dédié beaucoup de temps à la collecte d’information concernant l’évacuation des juifs vers l’Ouzbékistan. Il possède aujourd’hui de très importantes archives contenant des récits de quantité de témoins.

Pendant de nombreuses années, Shatokhin a cherché la meilleure façon de remercier le peuple Ouzbek pour son comportement envers les réfugiés de guerre. Depuis 2010 il a collecté une immense base de photos et documents. Il a également collecté les témoignages de personnes dont les familles furent accueillies en Ouzbékistan. Avec ses propres modestes économies, il a financé le tournage de « Dernier été d’enfance » en 2018. Par ailleurs, il travaille actuellement avec Leonid Teruchkine (Directeur du département de recherche au centre d’éducation sur l’Holocauste de Moscou) afin de rédiger un livre à propos de la contribution du peuple Ouzbek au sauvetage des juifs soviétiques.

Le documentaire « Dernier été d’enfance » a été diffusé à la télévision ouzbèke. Les héros de ce film, ce sont les enfants évacués vers l’Ouzbékistan pour les sauver des camps de concentration et d’une mort certaine. Dans ce documentaire, ils se souviennent comment le peuple ouzbèk a partagé ses derniers morceaux de pain avec les réfugiés sans jamais envoyer aucun enfant dans un orphelinat !

Le message clé est de rendre hommage et de faire passer à la postérité les actes de bravoure du peuple ouzbek pendant la période la plus dure de ce conflit mondial.

Des poèmes de Gafur Gulom, un fameux écrivain et poète ouzbek, tels que « Je suis juif » ou encore « Tu n’es pas orphelin » montrent l’attitude des Ouzbeks vis-à-vis des réfugiés juifs et des orphelins. Selon Vyacheslav Shatokhin, sans l’héroïsme de la nation ouzbèke, le nombre de victimes juives de la Shoah eût été plus élevé.

Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan peut être nommée avec raison la « Capitale soviétique de l’évacuation », étant la ville qui a reçu le plus grand nombre de réfugiés durant la grande guerre patriotique. La taille de la communauté juive de la ville a considérablement augmenté à cette époque. Et nombre de juifs évacués sont demeurés sur place après le conflit parce qu’ils n’avaient nulle part où aller. KK♦

Khurshid Kodirov KodkKhurshid Kodirov, MABATIM.INFO
Co-initiateur du projet de la création du Musée d’Évacuation en Ouzbékistan

4 commentaires

  1. c’est le seul état dans l’empire soviétique qui a eu cette posture, pourtant c’est un état dont la religion musulmane ne fait aucune distinction entre ses citoyens………par ailleurs, les villes sont magnifiques et les ressortissants empathiques……….Bravo pour votre engagement à faire reconnaître cette partie d’une histoire éclairée

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  2. Magnifique morceau d’histoire de la fraternité humaine. Merci de nous l’avoir partagé en commençant l’année !

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