Je ne suis pas Mila, je suis AVEC Mila

Mila.jpgMila a seize ans. Elle est lycéenne, homosexuelle et courageuse. Ou peut-être téméraire. En tout cas, elle est en danger. Parce que, en France, en 2020, une adolescente qui dit publiquement des grossièretés risque sa vie.

Pas n’importe quelles grossièretés : des grossièretés contre une religion.

Pas n’importe quelle religion : « Je déteste la religion, le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde, c’est ce que je pense. Je ne suis pas raciste, pas du tout. On ne peut pas être raciste envers une religion. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir. »

Ses paroles, prononcées en live face à une caméra se sont envolées sur la Toile. Ce n’est pas très distingué, pas plus que les éructations de certains rappeurs. C’est pourquoi je ne suis pas Mila, mais je suis AVEC Mila. Je ne suis pas d’accord avec ce qu’elle dit et encore moins avec la façon dont elle le dit, mais je me bats pour qu’elle ait le droit de le dire. D’autant que ce qu’elle dit est juste : « on ne peut pas être raciste envers une religion ». En effet. Et on ne peut pas être plus clair ni plus précis.

Aujourd’hui, un des mots les plus courants dans les médias est « islamophobie », qui, étymologiquement, devrait signifier « peur de l’islam ». Sous les offensives de militants de l’antiracisme raciste, l’usage l’a transformé en « musulmanophobie » ou plutôt en haine antimusulmans. De la même façon qu’un plombier n’est plus un artisan du plomb, mais quelqu’un qui pose des tuyaux en tout sauf en plomb, un islamophobe se comprend comme quelqu’un qui hait des personnes, au lieu de quelqu’un qui craint une idéologie.

La laïcité est un principe fondamental de notre république. Elle relègue le fait religieux au domaine intime, comme les choix sexuels. Tous les citoyens naissent libres et égaux devant la loi et qu’ils aiment les blondes ou les barbus, Allah ou Jésus-Christ, voire s’ils sont onanistes et athées, cela ne regarde qu’eux-mêmes.

Le tour de passe-passe linguistique, qui veut faire d’une anti-idéologue une raciste, ne change rien à la réalité, il inverse seulement la place des coupables et des victimes.

En effet, revisitons l’incident qui a conduit Mila à faire sa déclaration brutale, qui l’a transformée en cible à abattre par tout ce que l’Hexagone compte d’intolérants.

Premier tableau, Mila utilise les réseaux sociaux pour parler de musique. Deuxième épisode, elle se fait « draguer de manière insistante (le Figaro) » par un internaute, qu’elle envoie promener. Troisième temps de la valse, l’éternel retournement des valeurs : le soupirant éconduit est musulman (ce que, vraisemblablement, Mila ignorait) et accuse la jeune fille d’islamophobie. D’où la réponse de la bergère au berger sur ce qu’elle pense de sa religion, qu’il invoque sans l’ombre d’une raison. Et il obtient satisfaction : épilogue, Mila s’est mise à recevoir « 200 messages de pure haine à la minute. »

Le livret de cet opéra parfaitement réglé est un classique repris en boucle : action, réaction, condamnation. Action : une provocation (insulte, agression, voire invention…) contre un kouffar, un infidèle. Réaction : le kouffar tombe dans le panneau et répond. Condamnation : il est alors accusé d’islamophobie et devient la cible d’une campagne de haine et d’incitation au meurtre.

Cela s’est produit d’innombrables fois. Des exemples ?

Une jeune femme voilée est venue se présenter à un poste de vendeuse en lingerie dans un Etam de Montpellier, lors de la dernière journée de la Femme (8 mars 2019). « La responsable d’un magasin Etam de Montpellier a été mise à pied après avoir refusé, devant témoins, la candidature d’une jeune femme voilée. Etam a lancé une procédure interne pour faire le jour sur cette affaire de discrimination à l’embauche (France Soir). »

Pense-t-on sérieusement correspondre au profil d’une « conseillère de vente » en lingerie lorsqu’on est vêtue d’un « hidjab » ? Le mot signifie « décence » en arabe et il implique que celles qui le portent sont décentes et que, donc, les autres ne le sont pas. Surtout celles qui viennent acheter des dessous affriolants !

Pour être sûre de faire l’objet d’un refus, la provocatrice a choisi la date de la journée de la femme. Manœuvre efficace, car cela soulignait le contraste entre l’objectif de cette journée, qui est de défendre la dignité et l’égalité des femmes, et l’ostentatoire soumission de cette femme particulière à un système qui les considère comme inférieures aux hommes.

La victimisation est un statut recherché et tous les prétextes sont bons. Lorsque des musulmans, d’abord britanniques, puis français, se sont aperçu que, regardée sous un certain angle, une feuille d’aloe vera stylisée ressemblait vaguement à une graphie du nom d’Allah, ils ont foncé sur cette occasion de défendre leur dieu contre une agression odieuse. Aussitôt, des cabales furent montées contre les fabricants et les distributeurs de papier toilette arborant ce symbole, pour que les premiers soient contraints de cesser la fabrication et les seconds soient boycottés (Mabatim.info).

Les exemples sont innombrables et le scénario toujours rigoureusement identique : action, réaction, condamnation. Les acteurs, eux aussi, sont toujours les mêmes avec, à rôles constants, des visages interchangeables. Dans le camp des agresseurs, les islamistes ont la vedette et les idiots utiles la parole ; dans le camp (retranché) des démocrates, les soumis sont paralysés par le mot magique d’islamophobe et les laïcs sont stigmatisés sous son rayon accusateur.

Entre agresseurs et agressés, les musulmans intégrés tremblent de se voir exterminés par le Padamalgam. La menace est brandie par les agresseurs à chaque provocation. Les représailles n’ont jamais eu lieu, mais le Padamalgam est le complice indispensable de toutes les campagnes post-attentats.

Deux conceptions s’affrontent : à ma droite, la liberté de pensée, à ma gauche, le délit de blasphème. Il est cocasse que le délit de blasphème soit défendu par les adeptes de Marx, auteur de « la religion est l’opium du peuple » et que la liberté de pensée soit défendue par ceux que les popul’opiomanes qualifient de fachosphère. Mais dans notre pays, la réalité n’a plus cours. Seules sont cotées en bourse les apparences, qui sont souvent des oxymores : la laïcité, qui est la liberté de croire ou de ne pas croire, est décrite comme une oppression et le voile, symbole de l’infériorité de la femme vis-à-vis de l’homme, a rang d’outil émancipateur.

Où se situe la France sur l’axe qui va des dictatures théologiques à une laïcité démocratique ?

Si tous les citoyens sont égaux devant la loi, où sont les sanctions contre ceux qui menacent la lycéenne de 16 ans ? Où sont les mesures de protection qui les empêcheront de lui nuire ?

Debout les damnées de la terre, debout les femmes, soyons Mila !

Groupons-nous, et demain, l’égalité tota-a-a-a-le touch’ra le genre humain. CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, MABATIM.INFO

Un commentaire

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s