Il y a 25 siècles : « L’Épître de Pâque »

Source : Ariel Bolshtein
Israel HaYom 25 mars 2021

À la fin du 19ᵉ siècle, sur les bords du Nil, on a découvert un papyrus, relatant la célébration de la Pâque, il y a des milliers d’années.

« En dehors de la Bible, ce papyrus est la première documentation des coutumes de cette fête »

déclare le professeur Aharon Meir, directeur de l’Institut d’archéologie de l’Université de Bar-Ilan. Cette découverte est restée méconnue jusqu’à la période récente.

En 1947, avant la création de l’État d’Israël, l’ONU a envoyé une commission d’enquête dans le but de faire des propositions sur le futur plan de partage de la région. Devant les représentants des Nations Unis, David Ben Gourion a fait l’un des discours les plus brillants de sa vie. Pour illustrer le droit juif à la terre ancestrale, Ben Gourion a choisi de comparer le souvenir du voyage du navire Mayflower, sur lequel les premiers colons venus d’Angleterre sont arrivés en Amérique, avec le souvenir de l’Exode d’Égypte. Le futur premier ministre d’Israël a déclaré :

« Environ 300 ans seulement se sont écoulés depuis le voyage de Mayflower, et il n’y a presque plus d’Américains qui savent comment s’est déroulé le voyage, combien de passagers étaient à bord, qui ils étaient et ce qu’ils ont mangé… D’un autre côté, même si l’Exode d’Égypte est à plus de 3 300 ans de nous, il n’y a pas de Juif dans le monde qui ne sache quel jour les Juifs ont commencé ce voyage, ou ce qu’il leur est arrivé en chemin… »

Ben Gourion, s’est appuyé, bien sûr, sur la Pâque et les coutumes qui commémorent l’exode des Hébreux de l’esclavage en Égypte vers la Terre d’Israël. Le discours et les mots de conclusion de la Hagadah (récit biblique de l’Exode), « l’année prochaine à Jérusalem », ont impressionné les membres de la délégation. Et si le « papyrus de Pâque », qui est la première preuve archéologique de l’observance de la fête de Pâque par les Juifs de l’époque biblique avait été connu, par Ben Gourion, il aurait pu convaincre les membres de la commission « preuve en main ».

Ce papyrus a été découvert à la fin du XIXᵉ siècle, lors des fouilles de la ville de « Yev », qui se trouvait sur une petite île du Nil, dans le sud de l’Égypte. Dans la langue locale « Yev » était associé au commerce de l’ivoire. Le nom de « Yev », dans la langue locale signifie, « éléphant », tout comme le nom grec de l’île, « Éléphantine ». Depuis la fin de la période du Premier Temple, y vivait une colonie de mercenaires juifs et selon l’une des hypothèses, cette colonie aurait donné naissance, plus tard, à la communauté juive éthiopienne.

« Après la destruction du Premier Temple et l’exil babylonien, le royaume de Perse a étendu son contrôle sur la totalité de l’ancien Proche-Orient, y compris la Terre d’Israël, l’Égypte et la Nubie (Soudan) au sud »,

déclare le professeur Aharon Meir, chef de l’Institut d’archéologie à l’Université de Bar-Ilan. Les soldats juifs stationnés à Yev ont servi dans l’armée perse. Ils gardaient la frontière entre l’Égypte et la Nubie. Ils ont laissé derrière eux une somme de papyrus, des tessons de poterie et des documents divers décrivant leur vie. Ainsi on a retrouvé des lettres de correspondance privée de femmes juives, et des documents concernant d’autres aspects de l’existence de cette communauté. Le papyrus connu des savants sous le nom d ‘« Épître de Pâque », date de 419 avant JC, est l’une des découvertes des plus fascinantes de ces fouilles.

L’une des lettres, en araméen, l’une des langues parlée dans l’empire perse, émane d’un homme nommé Hananiah, qui s’adresse aux Juifs de Yev et en particulier « à mon frère Yadaniah et ses amis du détachement militaire juif ». L’auteur de la lettre leur demande des précisions sur un ordre du roi perse, concernant la célébration de la Pâque et la « fête des pains sans levain » (la plupart des chercheurs estiment qu’il s’agissait de deux fêtes distinctes, qui avec le temps se sont confondues). Le texte donne des précisions suivantes :

« Vous avez maintenant compté 14 jours pour le mois de Nissan et vous avez célébré Pessa’h. Entre le 15ᵉ jour et 21ᵉ jour de Nissan, vous mangerez des pains sans levain, pendant sept jours ».

Grâce au climat sec, les papyrus anciens ont survécu en Égypte pendant des milliers d’années. L’état de conservation de « L’épître de Pâque » était raisonnable, toutefois il comportait quelques trous, donc une restauration était nécessaire. Le professeur Bezalel Portan et la regrettée Dr. Ada Yardeni ont travaillé sur le sujet pour tenter de reproduire le texte original du papyrus. Leur succès avait été partiel. Seulement un tiers, environ, du texte d’origine a été rétabli. Toutefois, même le résultat obtenu ne laisse personne indifférent.

« En dehors de la Bible, c’est la plus ancienne documentation concernant l’observance de la Pâque »,

déclare le professeur Meir avec admiration. « Il y a des dates, des instructions générales telles que « tu feras » et aussi « tu ne feras pas ». Certaines de ces instructions nous sont familières, d’autres le sont moins. Plus loin nous lisons le détail des instructions :

« ne faites aucun travail les 15 et 21 jours de Nissan. Ne buvez pas d’alcool et ne mangez rien contenant du levain, le levain ne sera pas vu dans vos maisons, du 14ᵉ jour de Nissan au 21ᵉ jour de Nissan ».

Le Professeur Meir continue :

« Qui sont Hananiah, l’auteur de la lettre, et Yadanya, le principal destinataire ? Yadaniah était l’un des chefs des Juifs dans la ville de Yev. Hananiah est une figure importante, probablement de Jérusalem. Il devait avoir un statut élevé dans la hiérarchie gouvernementale, et certains suggèrent même, qu’il était de la famille de Néhémie. Néhémie était le chef des ‘’Revenants vers Tsion’’ (juifs autorisés à revenir en Judée par le roi perse). Il a été nommé gouverneur de la province de Judée, par ce même roi. Cette lettre arrivant de Jérusalem, qui intime aux Juifs de Yev de respecter la Pâque, témoigne-t-elle d’une méconnaissance de la fête de Pâque par les Juifs de Yev ? Probablement pas. Nous avons des preuves, qu’ils connaissaient la Pâque. Deux ou trois tessons de poterie plus anciens (ostracons) ont été trouvés à Yev, rappelant la Pâque, ce qui signifie que la célébration de la fête n’était pas nouvelle pour les Juifs locaux. Si tel est le cas, le point principal de la lettre envoyée de Jérusalem est, qu’elle précise des instructions sur la façon de célébrer la fête, y compris des coutumes, qui ne sont pas mentionnées dans la Bible. »

Le professeur Meir continue :

« Selon certains spécialistes, il peut y avoir ici des preuves de traditions que nous connaissons sous le nom de ‘’Torah orale’’. Par exemple, la stipulation selon laquelle il est permis de stocker des aliments avec levain, consignés dans un endroit séparé, pour une utilisation ultérieure à la fête, l’obligation de se purifier avant la fête ou l’interdiction de boire de alcool, en fait de la bière. Et peut-être que la communauté de Yev s’était éloignée de la stricte observance de la Pâque, et les expéditeurs de la lettre de Jérusalem, leur ordonnaient de revenir aux coutumes de Judée.

Souvenons-nous que la période perse a été le début de la lutte idéologique entre les Juifs et les Samaritains, qui a duré jusqu’à la période hasmonéenne. Et même à la période talmudique (IIᵉ – Vᵉ siècles de notre ère), chacune des tendances cherchait à rassembler une majorité de communautés. « L’Épître de Pâque » aurait pu être un message concernant l’observance de la Pâque pendant ce mois précis, parce que c’était une année bissextile, et Yev ne pouvait pas en avoir connaissance

On pourrait poser la question suivante :

« Le contenu ‘’L’Épître de Pâque’’ implique-t-il qu’il y avait une différence entre les coutumes des Juifs de Yev et ce que Néhémie cherchait à introduire à Jérusalem ?

Le professeur Aharon Meir répond :

« Il y a une forte probabilité de différences de coutumes. La collection de documents des Juifs de Yev, qui comprend 175 papyrus et tessons de poteries, brosse un très beau tableau de la vie de cette communauté. En fait, ces documents nous permettent d’appréhender la réalité des coutumes de Yev, sans qu’elle ait subi une modification ou correction, due à des découvertes postérieures. Il en ressort clairement que les coutumes à Yev étaient effectivement différentes de celles de Jérusalem. Par exemple, la découverte d’une Ketubah (acte de mariage) de Yev témoignant d’un mariage entre un homme juif et une femme non juive, alors qu’à Jérusalem, Néhémie interdisait les mariages mixtes à cette même période. Cependant, je soulignerai que ce n’est pas une religion différente, mais des différences de coutumes de la même religion.

En supposant que les coutumes et la loi religieuse aient changé jusqu’à notre époque, pouvons-nous savoir comment nos ancêtres célébraient la Pâque il y a 2 500 ans ? »

Et là encore les documents de Yev , nous sont d’une grande aide. N’oublions pas que Yev se trouvait en Égypte. Pour les Égyptiens Yev servait de centre de culte au dieu Al Khanum, décrit comme un homme à tête de bélier. Alors que les Juifs, obéissant à « L’Épître de Pâque », avaient sacrifié un bélier, créant un sacrilège pour les Égyptiens, qui, en guise de punition, avaient détruit le temple juif de Yev. D’après d’autres documents cela s’est passé 9 ans après l’arrivée de « L’Épître de Pâque », soit en 410 avant JC.

Voici comment ce document décrit la destruction du temple.

« Les prêtres d’Al Khanum, sous la conduite du gouverneur perse local Widerang et de son fils Nafin, commandant de la garnison de Sven, proche Yev, avaient conduit les soldats perses, aidé d’Égyptiens locaux, à l’assaut. S’en était suivie la destruction du temple. Les vases et tous les autres ustensiles en or qui s’y trouvaient, avaient été pillés ».

Par une autre lettre, nous connaissons l’appel des Juifs de Yev aux Juifs de Jérusalem, afin que ceux-ci les aident, suite à la destruction du temple juif de Yev par les Égyptiens. Consécutivement à cette demande, le pouvoir perse avait probablement réautorisé la reconstruction du Temple,. Ceci se passait à la fin du cinquième siècle avant notre ère. En tout cas, peu de temps après, le régime perse en Égypte avait été renversé et la communauté juive de Yev s’est peu à peu éteinte.

Revenons à la question suivante :

« Les Juifs de Jérusalem, connaissaient-ils l’existence du temple juif à Yev ?

Certainement oui. Selon d’autres documents, la communauté juive de Yev était bien connue à Jérusalem. Toute fois, on ne sait pas dire si, à l’époque du 1ᵉʳ Temple, les juifs de Yev venaient de Judée ou du Royaume d’Israël. Nous savons que lors de leur établissement à Yev, ils possédaient une autorisation des autorités juives de Jérusalem de construire un temple en dehors de Jérusalem. Malgré le manque d’enthousiasme des autorités de Jérusalem d’autoriser les sacrifices d’animaux en dehors du Temple de Jérusalem, les Juifs de Yev avaient bel et bien obtenu une dispense les autorisant à pratiquer le sacrifice pascal. L’existence de temples en dehors de Jérusalem n’est pas un secret : l’opinion qu’il n’y avait que le Temple à Jérusalem, a été battue en brèche par des document et réalités sur le terrain.

Des vestiges d’un temple juif qui existait jusqu’à l’époque d’Ézéchias (vers la fin du VIIIᵉ siècle avant JC) ont été trouvés à Arad (désert du Néguev), et récemment un temple de la période du premier temple a été mis à jour à Motza, à quelques kilomètres de Jérusalem et qui a continué d’exister, même après l’époque d’Ézéchias. Quoi qu’il en soit, « l’Épître de Pâque », ainsi que d’autres documents trouvés à Yev, nous fournissent des preuves des traditions et de l’ancienne loi juive. Ce document nous donne un témoignage scientifique spectaculaire du passé et de l’histoire du peuple juif d’il y a 2 500 ans. EG

Édouard Gris, MABATIM.INFO
Traduction et adaptation

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