Le document de l’énorme découverte de Galilée à partir de 1610, était un faux

Source : Itam Levine, News1, 18 août 2022

Depuis 1938, l’Université du Michigan détient une lettre de Galilée, décrivant la découverte des lunes de Jupiter. C’est l’une des principales preuves de l’existence du système solaire. Le New York Times décrit comment il s’est avéré être un faux, créé quelques années avant 1938.

En 1610 Galilée, avec un nouveau modèle de télescope, découvrait des objets bizarres autour de la planète Jupiter, qui, chaque nuit, changeaient leur position. C’était des lunes de Jupiter. Cette découverte, « enfonçait un coin » supplémentaire dans la conception de la centralité de la Terre dans l’univers. L’Église catholique a condamné la découverte, car elle contredisait sa doctrine géocentrée officielle.

L’Université du Michigan était fière depuis des décennies, de posséder un manuscrit associé à cette découverte. En entête du document figure un descriptif sommaire de la nouvelle lunette inventée par Galilée. En bas, un dessin représentant les lunes de Jupiter, réalisé par le savant lui-même.

« Ce sont les détails de la première observation, montrant des objets en orbite autour d’un corps autre que la Terre »,

a indiqué l’université. Ce serait vrai, si le document était un original. En effet, l’historien Nick Wilding de l’Université de Géorgie, a remarqué des signes de falsification. Par conséquent, l’Université du Michigan a commandé sa propre expertise et le 17 août dernier, elle a publié ses conclusions. Elles confirment la supercherie : il s’agit d’un faux datant du 20ᵉ siècle.

Wilding, en écrivant la biographie de Galilée, a découvert des falsifications similaires dans le passé, en conséquence de quoi il s’est méfié du manuscrit du Michigan. Et effectivement, lorsqu’il l’a examiné en ligne il y a trois mois, certaines formes de lettres ainsi que le choix des mots, lui ont paru étranges. Bien que l’entête et le bas du document soient censés avoir été écrits à des mois d’intervalle, l’encre était exactement la même. Par la suite, Wilding avait examiné le document en profondeur et a constaté qu’il n’y avait aucune référence de celui-ci dans les archives italiennes. En fait, il est apparu pour la première fois, aux enchères en 1934 et a été acheté par un homme d’affaires de Detroit, qui, à sa mort en 1938, l’avait été légué à l’université de Michigan.

Hilding a demandé à l’université du Michigan, plus d’informations sur l’histoire du document et notamment une photocopie du filigrane figurant sur le document, représentant un trèfle à trois feuilles et des lettres AS/BMO. Ce filigrane donne des renseignements sur l’époque où a été fabriqué le papier. Pablo Alvarez, le conservateur principal de la bibliothèque d’université de Michgan raconte, que lorsque il a reçu le courriel de Wilding, son cœur a fait un bond en raison de sa réputation de chasseur de contrefaçons. Le catalogue de vente aux enchères du document affirmait que son originalité avait été approuvée par le cardinal Pietro Mafi, archevêque de Pise décédé en 1931. L’approbation de Pietro Mafi a été établie sur la base de deux signatures de Galilée, présentes dans la collection privée de l’archevêque. Lorsque Wilding, a appris qu’elles avaient été données à l’ecclésiastique par Touvia Nicotra, une « lumière rouge s’est allumée » dans son cerveau. En effet, ce Touvia Nicotra avait une réputation de faussaire notoire, qui sévissait à Milan.

« Usine de faux » située à Milan en Italie

Entre temps, Alvarez a transmis le document de Galilée au laboratoire de conservation de l’Université du Michigan. Le chercheur de ce laboratoire, Amy Christ a découvert que le papier et l’encre dataient bien du 17ᵉ siècle, ce qui a suscité un nouvel espoir que le document était, malgré tout, un original. Parallèlement, Wilding a continué ses recherches sur le filigrane. Finalement, il a trouvé un filigrane similaire, au Morgan Museum de New York, dans une lettre datée de 1607, curieusement presque identique au document qu’il avait trouvé dans l’archive italienne. Cette similitude éveilla de nouveau les soupçons de Wilding.

En juin, Wilding a découvert la signification des lettres BMO. C’est le sigle de la ville italienne Bergam (Bergamo). Effectivement, ce sigle apparaît sur des filigranes, dans un livre consacré aux différents filigranes. Ce volume, originaire de l’empire Austro-Hongrois a été imprimé, au plus tôt, en 1770. Un exemplaire de ce volume est présent, aussi bien, à la bibliothèque de l’université de Michigan, qu’au Morgan Museum. Donc, Galilée ne pouvait pas utiliser le papier, produit 150 ans plus tard. C’était la preuve absolue.

Le Times souligne que le fait qu’il s’agisse d’un faux ne met pas en doute la grande découverte de Galilée, qui, par ailleurs, est documentée par d’autres sources fiables. En revanche, ce faux détruit l’opinion des chercheurs selon laquelle il contenait la première ébauche de la publication, par Galilée, de sa découverte et par conséquent, que c’est justement ce document, qui a provoqué un débat entre les partisans et adversaires de Galilée. En étudiant le faux (prétendument vrai), les scientifiques ne parvenaient pas à comprendre le schéma, soit disant, esquissé par Galilée. Aujourd’hui, il est clair, que le faussaire, qui n’était évidemment pas astronome, a fait des erreurs grossières sur son faux schéma. Galilée, un esprit supérieur, savait très bien ce qu’il voyait et n’aurait jamais commis de telles fautes.

« C’est l’explication la plus directe et la plus simple, de la non compréhension, jusqu’à aujourd’hui, du contenu du faux document par les spécialistes », a déclaré le professeur Wilding.

Les responsables de l’université du Michigan réfléchissent à tirer des leçons de cette affaire du faux document. En effet, ils comptent utiliser les enseignements de cet événement, pour étudier les méthodes des faussaires et leurs motivations, au-delà de l’enrichissement frauduleux. On envisage même d’organiser une conférence dont le sujet serait la naissance, le déroulement, les conclusions et les conséquences des événements décrits dans cet article. Il se pourrait que l’université du Michigan organise même une exposition sur le thème de faux documents. Par ailleurs, Wilding a découvert que Nicotra s’est lancé dans la production des faux documents, surtout pour entretenir ses sept maîtresses. Une enquête sur un faux manuscrit de Mozart a conduit, en 1934, la police à l’appartement de Nicotra à Milan, où une « usine de contrefaçons » a été découverte. La police y a trouvé des contrefaçons de documents prétendument de Léonard de Vinci et Christophe Colomb. Aujourd’hui, les experts avertissent qu’il ne fait aucun doute, qu’à l’avenir, d’autres contrefaçons seront découvertes. EG♦

Édouard Gris, MABATIM.INFO
Traduction et adaptation

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