
Toutes les décisions humaines procèdent d’un choix, que les psys appellent « économie libidinale », mais que l’on peut toujours réduire à un rapport coût/bénéfice entre deux options1. Les décisions politiques ne font pas exception à cette règle. Ce truisme mérite d’être rappelé à un moment où l’Union européenne déclare qu’elle va légiférer sur l’autorisation d’un produit qu’elle condamnait formellement la veille et sur sa soudaine sympathie pour Israël, son diable d’hier.
Le diable et le bon dieu
Si le procédé du choix est toujours le même, ce qui importe ce sont les représentations que les décideurs se font des éléments entre lesquels ils doivent choisir.
Ainsi, pour le bannissement des OGM, le choix était fondé sur le fantasme du mal incarné par le terme OGM dans l’esprit du public européen et sur l’attrait libidinal des idées « vertes » parmi les leaders d’opinion.
Ces représentations sont aussi à la base d’autres décisions irrationnelles, par exemple celle qui a conduit l’Allemagne à fermer des centrales nucléaires, dont le potentiel futur danger a pesé plus lourd que l’économie nationale et le bien-être présents de ses habitants.
À l’inverse, le choix d’énergies dites renouvelables pour les remplacer témoigne d’une foi religieuse dans le péché originel (plus c’est proche de la nature, plus c’est « bien », plus cela doit à l’homme et plus c’est « mal ») doublée d’une pensée magique (le vent et le soleil , dont les émissions sont intermittentes, en produiront autant que le pétrole et le nucléaire).
L’écologie aime l’humanité, mais déteste les humains
C’est aussi à l’aune de la morale religieuse qu’a été édictée l’interdiction des OGM : organismes génétiquement modifiés, parce que modifiés par l’homme. Pourtant, si l’Homo Ecologicus possède des technologies supérieures à celle des premières versions d’Homo sapiens, ce n’est pas à des prières à Gaïa qu’il le doit, mais à la lon-on-ongue évolution de son génome.
Il est cocasse d’observer que certains préfèrent le sourire de leur égo à la survie de leur espèce : les mêmes, qui veulent que le sexe fourni par la nature soit inféodé à leur ressenti de genre, réprouvent avec violence le recours au maïs transgénique. Peu leur importe qu’il soit susceptible de sauver de la famine des populations qui se fichent du genre comme du sexe des anges.
La différence entre l’homme et Dieu, c’est que Dieu ne se croit pas homme
L’UE se prend pour une déité politique. À preuve le fait qu’elle laisse nombre de décisions à sa commission, dont les membres, à défaut de procéder du droit divin, ne sont pas élus par les peuples.
L’approche de saisons de vaches maigres, où la demande d’électricité sera supérieure à l’offre, a obligé nos dirigeants à prendre le réel en compte.
Ils ont donc, en deux étapes, renié tout ce qui était jusqu’alors vérité d’évangile. Une première salve a été tirée discrètement le 29 avril 2021, quand l’UE a évoqué la création d’un cadre spécifique pour les produits issus de mutagenèse :
« Selon la commissaire européenne à la Santé et à la sécurité alimentaire Stella Kyriakides, l’étude relayée par la Commission ‘’conclut que les nouvelles techniques génomiques peuvent promouvoir la durabilité de la production agricole’’ (Agence Marocaine de Presse) ».
Au commencement était le verbe…
En juillet 2018, la Cour de justice de l’UE avait statué sur les produits issus de la mutagenèse : c’était des OGM comme les autres.
Après les tirs de sommation, en 2022, la grosse Bertha a transformé le vice en vertu.
Les ministres de l’Agriculture des 27 ont exigé de pouvoir utiliser les variétés de semences résistantes à certains herbicides ou à la sècheresse, qui existaient mais restaient interdites par la réglementation.
Les mots magiques ont été prononcés : dérèglement climatique. Cet Abracadabra du XXIe siècle est venu au secours des OGM.
Ces organismes génétiquement modifiés ne sont plus des poisons cancérigènes, mais des produits de biotechnologies,
« un magnifique instrument pour faire en sorte que les cultures aient besoin de moins d’eau, de moins de produits phytosanitaires et d’engrais, qu’elles soient plus résistantes. Dès lors {qu’elles} permettent d’assurer la transition agro-écologique et de faire face au dérèglement climatique, c’est une voie qu’il faut explorer (le Figaro). »
Dixit le ministre espagnol de l’agriculture.
En-Même-Temps 1er ayant fait des émules, le ministre slovaque a expliqué, lui, qu’on peut tout faire, à condition de ne pas le dire :
« Nous ne voulons pas des OGM, mais là, nous parlons d’édition génomique : il faut une approche prudente qui s’apparente le plus possible aux méthodes traditionnelles de sélection […] Il faut développer des variétés plus résistantes à la sécheresse, au gel, aux nuisibles. »
Idéologie à température variable
Quand, en mars 2021, le chancelier autrichien et la Première ministre danoise se sont rendus en Israël, afin d’élargir la coopération sur les vaccins « pour ne plus dépendre uniquement de l’Union européenne (i24News) », la réponse ne s’est pas fait attendre :
« La France a critiqué, mercredi 3 mars, le projet d’alliance du Danemark et de l’Autriche avec Israël en matière de vaccins anti-Covid, estimant que le “cadre européen” reste le plus approprié pour garantir la “solidarité” au sein de l’Union européenne (FranceTVInfo). »
Mais quand on doit annoncer aux Français qu’ils vont devoir réduire à 19° la température de leur logement cet hiver, parce qu’en plus de ne pas avoir de pétrole, on n’a pas d’idées, le gaz israélien devient soudain moins palestiniquement condamnable et plus pragmatiquement désirable. Du coup, Ursula von der Leyen s’est fendu d’un sourire jaune sur la photo et Libé a admis qu’Israël venait « à la rescousse » (Libération).
… Et à la fin sera le vote
Mais au fait, Von Ben Laden, elle est commissaire, pas députée. Elle n’a pas à faire de la politique : dekoik’èsmêle ?
Les parlementaires européens, qui sont sûrement capables de trier le bon génomique de l’ivraie OGM, seront donc amenés à voter au deuxième semestre 2023 sur une proposition législative… faite par le commissaire à l’Agriculture.
Quant aux citoyens, ils seront trop contents de se chauffer pour s’enquérir du pourquoi et du comment de l’extension du domaine de la mouche du coche.
De toute façon, qui c’est le chef ? Celui qui vote ou celui qui écrit ce sur quoi on vote ? LM♦

Liliane Messika, MABATIM.INFO
Une partie de cet article est parue sur Causeur
1 La libido peut être simplifiée en socialisation de l’énergie produite par la pulsion sexuelle transformée en objets sublimables.
L’Europe, sa commission, sa présidente, son parlement, ses députés ne sont en définitive que la version civile de l’armée mexicaine.
Quand à En Même Temps 1er , il se veut mondialiste, il n’est que mondain.
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»les mêmes, qui veulent que le sexe fourni par la nature soit inféodé à leur ressenti de genre, réprouvent avec violence le recours au maïs transgénique. »
Excellent resumé de ton prochain roman que l on attend avec impatience !
JP Lledo
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