Alana Hadid : une vraie « blonde »

[15 janvier 2023]

La fille du promoteur milliardaire jordano-américain a déclaré vouloir aller vivre en Palestine.
99 % des Palestiniens changeraient volontiers de place avec elle.

Les brunes comptent pas pour des prunes

Il fut un temps où « blonde » était le féminin de « belge », dans les blagues éponymes.

Certain.e.s crétin.e.s présumé.e.s renvoyaient l’ascenseur à leurs railleurs : « Pourquoi les hommes aiment-ils les blagues sur les blondes ? Parce que ce sont les seules qu’ils comprennent ! » ricanaient les unes. « Pourquoi n’y a-t-il plus de réverbères sur l’autoroute Bruxelles-Paris à partir de la frontière ? Parce que tous les Français se prennent pour des lumières ! » persiflaient les autres.

N’empêche, chaque fois que Jean-Claude Van Damme prend la parole, ses compatriotes tremblent et chaque fois qu’une blonde dit une énormité, même les rousses craignent l’amalgame.

Elles ont dû souffrir en apprenant le dernier slogan publicitaire d’Alana Hadid, une styliste californienne un peu moins célèbre que ses demi-sœurs mannequins : 86-64-89 surnommée Gigi et 86-61-86, alias Bella.

Le slogan ? Quel slogan?

Le père des trois mondaines, Mohammed Hadid, aime raconter sa vie rêvée :

« Je suis né à Nazareth, en Palestine, à cinq minutes à vol d’oiseau de l’endroit où naquit Jésus. Mon arrière-arrière-grand-père était le prince de Nazareth. Mais l’année de ma naissance, 1948, est aussi celle de la création de l’État d’Israël. Alors, nous sommes partis nous réfugier en Syrie, où nous avons vécu quelques mois dans un camp (Paris Match). »

Qu’en dit la mise en cause ? Interview de Nazareth :

« J’ai été conquise par les Anglais sur les Ottomans en septembre 1918. Les deux tiers de ma population (environ dix mille âmes) étaient chrétiens. Israël a été attaqué par 7 armées arabes, le jour de notre indépendance (oui, notre : je suis juive, Salomon, pourquoi croyez-vous que Jésus est né chez moi ?) Le quartier général des bandes arabes s’est installé dans mes rues. C’est de là que les unités de Fawzi el Kaoudji ont lancé leurs razzias contre les villages juifs. Les combats ont fait se réfugier chez moi les habitants des villages environnants. Cela a fait doubler ma population et modifié mon statu quo démographique en faveur des musulmans. Le 16 juillet 1948, j’ai été reconquise par les Juifs.  Aujourd’hui, je suis la capitale israélienne de la région de Galilée et la plus grande ville arabe du pays. J’ai plus de 77 500 habitants, dont plus des deux tiers sont musulmans et moins d’un tiers chrétiens. Avec ma métropole, j’arrive à 210 000 âmes, dont 85 000 juifs (JCPA et Wikipédia). »

Le slo-gan, le slo-gan !

La légende du père Hadid est cousue d’invraisemblances, mais elle est si romanesque qu’on a envie d’y croire : dans un camp de réfugiés en Syrie, son père aurait gagné un passeport pour toute la famille dans une partie de backgammon contre l’ambassadeur de Jordanie. Passeport pour l’Amériqueu, l’Amériqueu, quand Mohammed avait 15 ans.

Sa fille aînée, Alana, qui en a 37 et 399 000 followers sur Instagram, y est née.

Un des fans de la fille lui a demandé ce qu’elle pensait de la Palestine.

La question a peut-être été soufflée par un webmaster à la recherche de problématiques à la mode. En tout cas la réponse visait à draguer des futurs followers pour être la plus belle pour aller antisémiter-héhé !

« J’aime la Palestine plus que je ne pourrai jamais l’exprimer sur Instagram. Je suis impatiente qu’arrive le jour où je pourrai y vivre … Je me sens proche d’elle et de notre droit au retour vers elle, pour la Palestine libre (LPH Info) »

a-t-elle répondu à son admirateur pour qu’il l’admire encore plus. Et de signer (le voilà, votre slogan, arrêtez de râler) : « Libérez la Palestine ! »

Réflexion sur le réflexe palestinophile

Née aux États-Unis, où la fortune de Papa a mis le pied à l’étrier de la sienne, Alana est impatiente de s’expatrier en Palestine ? Dans laquelle ? La Jordanie, qui a été créée par la partition ante nativitatem Israel en 1922 ? Rien ni personne ne s’y oppose.

Ou alors elle vise l’une des deux autres Palestine : Gaza, que les Juifs ont libérée en 2005, ou la Cisjordanie qui n’est pas encore autonome, mais dont 80% des habitants (zones A et B) sont administrés par le président qu’ils ont démocratiquement élu la même année. Le mandat quadriennal de Mahmoud Abbas, qui dure depuis 18 ans, est presque aussi fantaisiste que la saga Hadid.

Si elle veut vivre à Gaza, la styliste de la famille Hadid ne sera pas dépaysée, car en 2012, le président Abbas y avait déjà compté 800 millionnaires et 1600 quasi-millionnaires (the Economist). Deux ans plus tard, un porte-parole de son mouvement, le Fatah, en avait repéré 1700 (Israel National News). À ce rythme de croissance, Alana pourrait y devenir milliardaire avant quadragénaire.

Quant à la Cisjordanie, elle y serait certainement accueillie à bras ouverts et ses créations s’y vendraient comme des petits pains : Safarway a recensé pas moins de dix centres commerciaux de luxe où les (fashion) victims pourront faire leurs courses en 2023.

Et pour le réel, où s’adresse-t-on ?

Pas à Gaza ou à Ramallah, c’est sûr.

Pour être dupe des protestations de palestinité Hadidiennes, il faut vouloir ne pas savoir. C’est difficile : le clin d’œil du « droit au retour » crève les yeux !

Le brevet et le copyright de cette mesure législative appartiennent à Israël. Pour protéger le peuple juif d’une éventuelle répétition de la Shoah, il l’a instituée en choisissant, comme critère de la judéité, celui qu’Hitler avait défini pour l’exterminer : toute personne ayant un grand-parent juif, pourra y être protégée des persécutions en recevant la citoyenneté israélienne. Les autres candidats doivent passer par le processus normal d’une demande de naturalisation.

C’est pareil en France :

« Il y a 2 principales manières d’obtenir la nationalité française : la déclaration de nationalité et la naturalisation. La déclaration vous concerne si vous êtes marié(e)ou si vous avez un lien de parenté avec une personne française (descendant(e) :
Enfant, petit-enfant, arrière petit-enfant, frère ou sœur…). La naturalisation est soumise à plusieurs conditions, en particulier de durée de résidence en France. (Service Public) »

Damned ! Alors la France aussi pratique l’apartheid ?

Mais non ! Quand c’est un autre pays qu’Israël, ça s’appelle simplement le droit du sang. Ou le bon sens…

Storytelling ou Fairy telling ?

Le slogan qu’Alana murmure à l’oreille d’Instagram, signifie qu’elle rêve de « revenir » en Israël, une fois qu’il aura été libéré des Juifs : « j’aime la Palestine, … la Palestine libre ». Libre de Juifs, pas libre de la dictature du Hamas à Gaza ou de Mahmoud Abbas en Cisjordanie.

C’est sous-entendu dans son « storytelling », comme on dit maintenant parce que « l’art de raconter une histoire », ça fait boomer1.

Mais pourquoi réclamer un État si c’est pour aller chez le voisin ?

Le storytelling et, a fortiori, le Historytelling, ce n’est pas la tasse de Coca Cola de l’héritière milliardaire. Elle est plus à l’aise dans les contes de fées : plus ils s’éloignent du réel, plus ils plaisent. Comme la Palestine.

Libérééée, délivrééée,
Alana mentira plus que jamais
Libérééée, délivrééée,
Mentir est le prix des abonnés sur Insta !LM

Liliane Messika, Tribune Juive


1 Prononcer « bou-meur », c’est-à-dire né pendant le baby-boom, donc « vieux con ».

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