L’amitié des juifs et des chrétiens : un rempart contre l’antisémitisme

J Cuche ajc-10-10-1810 octobre 2018

Par Jacqueline Cuche*

M. le ministre, M. le président du B’nai B’rith France, Messieurs les présidents des B’nai B’rith de Versailles et de Saint Germain-en-Laye, je voudrais, au nom de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, vous remercier pour votre accueil, votre présence et pour vos mots qui nous vont droit au cœur. Je tiens aussi à remercier Mme le Maire, qui a bien voulu mettre à notre disposition cette si belle salle, dont le seul et unique inconvénient à mes yeux est la position de domination qui m’a été attribuée et qui me gêne vis à vis de mes chères voisines… Comme je crains d’oublier d’autres personnalités importantes qui nous font l’honneur d’être présentes ce soir, permettez-moi, Mesdames et Messieurs, de vous saluer tous ensemble, sans oublier bien sûr les organisateurs de cette soirée qui se sont si bien mobilisés et à qui je tiens à dire toute notre reconnaissance, mais aussi, vous tous qui êtes ici ce soir ; vous remercier pour votre présence, votre soutien et pour l’intérêt que vous manifestez ainsi envers l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.

ajcfCette association a eu comme objectif, dès sa fondation en 1948, la lutte contre l’antisémitisme. On était aux lendemains de la deuxième Guerre Mondiale, on venait tout juste de découvrir l’ampleur de la Shoah, et, l’année précédente, dans le petit village suisse de Seelisberg, une conférence internationale de chrétiens et de juifs s’était tenue pour se pencher sur ce fléau de l’antisémitisme, voir comment le combattre et surtout comment le faire disparaître. Le grand historien juif Jules Isaac – que les plus anciens parmi nous connaissent à cause des fameux manuels scolaires Malet-Isaac – avait joué un rôle majeur au cours de cette conférence puisque c’est en s’inspirant fortement de ses travaux que les chrétiens présents ont rédigé la toute 1e charte de dialogue judéo-chrétien, intitulée « Les Dix Points de Seelisberg ».

L’année suivante, en 1948 donc, le même Jules Isaac fondait, avec quelques amis juifs et chrétiens, l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, la 1ère d’Europe, peut-être même du monde, pour mettre en pratique cette charte, pour qu’en France chrétiens et juifs unissent leur force afin de combattre l’antisémitisme et travaillent à transformer le regard que les chrétiens portaient alors sur les juifs, un regard négatif causé par une vision religieuse erronée. Car la grande découverte de Jules Isaac, aussitôt suivie par l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, puis plus tard par les Églises, c’est que c’est ce regard négatif porté sur le judaïsme, c’est cet « enseignement du mépris », comme il l’avait si bien nommé, qui avait pendant des siècles imprégné les esprits, préparé le terrain et permis ainsi à l’antisémitisme païen le plus odieux de se développer. C’était en fin de compte reconnaître la part de responsabilité des chrétiens dans la Shoah. Voilà donc le double combat que l’AJCF se donnait pour mission de mener. Combattre l’antisémitisme et combattre l’antijudaïsme chrétien.

Exergue 1.pngCela fait 70 ans que l’Amitié Judéo-Chrétienne de France existe. Depuis, elle a essaimé, comptant maintenant une bonne quarantaine de groupes locaux dispersés à travers la France. Et, dans le monde, d’autres Amitiés lui ont emboité le pas, une quarantaine là encore, regroupées en une vaste fédération internationale, dont nous sommes fiers d’avoir parmi nos membres la 1e Vice-Présidente, Liliane Apotheker.

Depuis 1948, les Églises ont peu à peu suivi un chemin semblable, et l’enseignement qu’y reçoivent maintenant les chrétiens les engage à voir dans les juifs leurs frères aînés, comme aimait à les nommer le pape Jean-Paul II. De ce côté-là, des pas immenses ont été accomplis, même si parmi les chrétiens il en est qui peinent encore à suivre le mouvement. Mais ce mouvement est irréversible et a signé la condamnation définitive de l’antijudaïsme chrétien.

En revanche, du côté de l’antisémitisme, il en va tout autrement. Alors qu’on pouvait espérer le voir disparaître, grâce au sursaut provoqué par une prise de conscience de l’horreur, de l’absurdité et de l’inhumanité dans lequel il avait fait sombrer l’Europe et même au-delà, l’antisémitisme est toujours vivace ; mais ce qui le caractérise aujourd’hui est peut-être sa capacité à se diversifier, à revêtir différents masques.

Il y a d’abord l’antisémitisme traditionnel, celui que nos fondateurs et à leur suite tous les membres de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France se sont engagés à combattre ; il n’a pas disparu mais est le fait d’une petite minorité, de groupuscules d’extrême droite ou néo-nazis, ceux qui vont profaner les cimetière ou déposer des tags comme celui, immonde, trouvé il y a trois semaines, accompagné d’une croix celtique, sur la porte d’un immeuble parisien et dont le vocabulaire abjecte rappelle celui des nazis désignant les juifs par des mots déshumanisants.

Il y a un autre antisémitisme, infiniment plus préoccupant, car bien plus répandu et pernicieux, celui qui se cache sous le masque de l’antisionisme, ce « nouvel antisémitisme » qu’avait publiquement désigné le Manifeste au printemps dernier et que nos fondateurs n’ont pas pu connaître, du moins au moment où ils déposaient officiellement les statuts de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, le 7 mai 1948. Le 7 mai 48, c’était juste une semaine avant la proclamation d’indépendance de l’État d’Israël. Mais le philosophe Jacques Maritain le pressentait déjà, ce nouvel antisémitisme. Et dans la lettre qu’il avait envoyée l’été 47 aux juifs et chrétiens réunis à Seelisberg, qu’il n’avait pu rejoindre, retenu à Rome par sa charge d’ambassadeur auprès du Saint-Siège, il exprimait sa crainte de voir les juifs de diaspora subir les conséquences de la création de l’État d’Israël et du conflit qui risquait d’en résulter.

Exergue 2.pngEn effet, épousant avec passion la cause palestinienne, présentée comme la seule cause juste, celle des faibles et des opprimés, et peignant sous les jours le plus noirs l’État d’Israël, ces antisionistes en viennent à rejeter du même coup non seulement tous les juifs d’Israël mais finalement tous les juifs en général. Et cet antisémitisme-là est malheureusement bien partagé, que l’on soit musulman ou non. Il n’est pas forcément violent mais contribue au malaise de la communauté juive, qui ne se sent pas aimée.

Il y a enfin et surtout l’antisémitisme violent des islamistes, qui, prenant aussi pour prétexte le conflit israélo-palestinien, propage partout où il le peut la haine du juif et est à l’origine des assassinats et autres brutales agressions physiques ou verbales dont sont de plus en plus souvent victimes les juifs de France, faisant peser sur eux un lourd sentiment d’insécurité.

Exergue 3.pngContre cet antisémitisme, nous nous sentons souvent bien impuissants. Et pourtant, je suis sûre que l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, que notre amitié, celle que nous avons scellée entre juifs et chrétiens, n’est pas sans ressources et que c’est bien un rempart qu’elle peut former, un peu fragile, peut-être, mais malgré tout protecteur comme peut l’être une haie, celle qu’appelait un jour de ses vœux Armand Abécassis en s’adressant aux chrétiens. Car si nous ne pouvons pas grand-chose contre la violence des islamistes, leur responsabilité, nous le savons, n’est pas la seule à mettre en cause. Il y a le silence ou l’hésitation de beaucoup à condamner les agressions antisémites et donc à manifester compassion et solidarité envers la communauté juive, par peur de paraître du même coup condamner la cause palestinienne ou montrer du doigt la population musulmane, comme si dénoncer l’antisémitisme de certains était dénoncer tous les musulmans. C’est ce silence qu’a voulu briser le Manifeste que j’évoquais il y a un instant. Malgré ses maladresses et ses imperfections, ce manifeste avait le mérite – et c’est pour cela que je l’ai signé au nom de l’AJCF – que soit enfin étalée sur la place publique, révélée au grand jour, la réalité de ce nouvel antisémitisme. Par leur silence, les antisionistes contribuent à renforcer le sentiment d’abandon qu’éprouvent trop souvent les juifs et dont nous faisait part avec tristesse, il y a quelques mois, notre ami Raphy Marciano, le Directeur de l’Alliance Israélite Universelle et grand artisan du rapprochement entre juifs et chrétiens (et à qui, je le signale en passant, nous nous réjouissons de pouvoir remettre le 21 novembre prochain – vous y êtes tous invités ! – le Prix annuel de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France). « Savez-vous pourquoi, demandait-il à un parterre de chrétiens, il y a tant de juifs qui quittent la France ? Ce n’est pas à cause de l’antisémitisme. C’est parce qu’ils se sentent abandonnés. Nous sommes seuls, disait-il ! ». M’est venue à la mémoire, quand je préparais mon intervention de ce soir, cette phrase qu’écrivait, avec la même tristesse, en 1939, dans la revue Esprit, le journaliste et penseur Wladimir Rabi :« Nous sommes seuls, nous sommes terriblement seuls. Nous n’avons plus Péguy pour nous connaître et nous aimer ».

Eh bien, non ! Je le dis avec force, au nom des chrétiens de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, à la communauté juive de France : vous n’êtes pas seuls !

Car face à l’antisémitisme, notre amitié a des atouts, elle a des ressources.

Vous connaissez la parole d’Isaïe : « Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai posté des veilleurs ». Les chrétiens de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, au nom desquels je parle, se sentent, se savent investis de cette charge de veilleurs, dans laquelle ils s’efforcent d’entraîner tous les autres, chrétiens ou non.

– Dénoncer l’antisémitisme, sous toutes ses formes ; être présent après des Juifs lorsqu’ils sont éprouvés et leur affirmer une solidarité sans faille, voilà notre tâche, à laquelle nous nous sommes engagés.

– Mais nous voulons aussi alerter les responsables des Églises, lorsque la situation le demande, comme ce fut le cas lors des derniers votes scandaleux de l’UNESCO. Cela aussi c’est le rôle des chrétiens de l’AJCF, et c’est bien pour cela que j’ai écrit en leur nom aux responsables des Églises catholique, protestantes et orthodoxes, mais aussi à la Directrice de l’UNESCO, pour dire notre protestation contre ce vote infâme. Et il faut mentionner que, même si on a pu regretter que leur réaction n’ait pas été immédiate, les responsables de ces Églises ont tous eux aussi exprimé leur protestation.

– Alerter les Églises, c’est leur rappeler la responsabilité particulière des chrétiens, eux qui ont pour devoir, s’ils veulent être fidèles au Christ, d’être artisans de paix et de réconciliation : s’ils doivent veiller à ce qu’aucune communauté religieuse ne soit montrée du doigt, ils ont un devoir particulier de vigilance envers les juifs, car dans la volonté qui fut mise en acte, au siècle dernier, de supprimer de la terre le peuple juif, les chrétiens ont eu leur part de responsabilité, en répandant pendant des siècles un antijudaïsme mortifère. Les responsables de nos Églises en sont aujourd’hui pleinement conscients et ont déjà à plusieurs reprises eu la triste occasion de manifester leur solidarité. Ainsi, au printemps dernier, lors de la marche blanche qui fut organisée après l’assassinat de Mirelle Knoll, la conférence des évêques de France avait publié un communiqué invitant, était-il écrit, « tout un chacun à s’y joindre » et assurant « la communauté juive de France de son soutien et de sa prière sans faille ». Et alors que l’archevêque de Paris, empêché, y avait envoyé un représentant, le pasteur François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France, avait en personne participé à cette marche, de même que le Président du Conseil National des Évangéliques de France (le même Conseil National qui la semaine dernière organisait un grand colloque sur l’antisémitisme et voulait inviter les théologiens à étudier de près ce mal absolu). Ce fléau de l’antisémitisme, les responsables de nos Églises, soyez-en persuadés, seront maintenant toujours prêts à le dénoncer et à inviter le peuple chrétien à le combattre, persuadés qu’ils sont que, comme le déclarait le grand théologien protestant Karl Barth, « l’antisémitisme est un péché contre Dieu et contre l’humanité ». L’Amitié Judéo-Chrétienne de France s’est donné cette tâche, il y a 70 ans, et ses membres chrétiens n’ont de cesse de vouloir gagner à cette cause les autres chrétiens qu’ils rencontrent.

Exergue 4.pngC’est d’autant plus nécessaire à notre époque, car, aujourd’hui, les Églises sont obnubilées par le dialogue avec l’Islam. C’est pourquoi notre tâche est aussi de leur rappeler la spécificité du dialogue avec les Juifs parce que nous, chrétiens, avons avec eux un lien étroit que nous n’avons avec aucun autre peuple, aucune autre religion.

Il nous faut donc rappeler la priorité de ce dialogue, et la primauté du judaïsme dont les chrétiens ont tant reçu, et même ont tout reçu, depuis la Bible jusqu’à leur Messie lui-même.

Et comme Évangile signifie Bonne nouvelle, pour y être fidèles, les chrétiens doivent être messagers de bonnes nouvelles : à cela aussi, les chrétiens de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France veulent s’engager : dire du bien des juifs, rechercher leur bien. C’est ce qu’appelait de ses vœux en 1993, le pape Jean-Paul II, dans un discours prononcé à l’occasion du 50e anniversaire du soulèvement du Ghetto de Varsovie :

« Comme chrétiens et juifs, qui suivons l’exemple de la foi d’Abraham, nous sommes appelés à être une bénédiction pour le monde. Telle est la tâche commune qui nous attend. Il nous est donc nécessaire, à nous chrétiens et juifs, d’être tout d’abord une bénédiction les uns pour les autres ».

Être bénédiction pour les juifs, c’est aussi, de la part des chrétiens, dire du bien d’Israël, ce pays si souvent vilipendé, et auquel nous les savons si attachés et qui nous est cher, à nous aussi, chrétiens. En dire du bien, non parce que c’est un État au-dessus de tout soupçon. On peut en effet en critiquer la politique, comme celle de n’importe quel autre État, mais dire du bien d’Israël, c’est défendre sans aucune hésitation ni aucune ambiguïté son existence ; c’est aussi vouloir rétablir une vision plus équilibrée de ce pays que celle qui est véhiculée par les médias, en montrant tout ce qui s’y passe de beau. Face au dénigrement continu de ce pays, l’Amitié Judéo-Chrétienne de France s’est donné pour tâche d’informer au moins sur la complexité de la situation politique, sans cacher forcément ce qui s’y passe de négatif, mais en essayant aussi de faire connaître toutes les initiatives en faveur de la paix et du dialogue entre juifs et arabes. Plus de 100 associations y œuvrent quotidiennement, et lors du voyage en Israël que feront à la fin du mois une cinquantaine de nos membres, nous rencontrerons plusieurs de ces artisans de paix.

Exergue 5.png« Artisans de paix », c’est d’ailleurs le nom d’une page du site de l’AJCF, qui s’efforce de faire connaître des initiatives positives, qui, en Israël comme ailleurs, contribuent à nourrir l’espérance.

Lors d’une réunion avant l’été, un prêtre de la ville du Mans, chargé des relations avec le judaïsme dans son diocèse, faisait une proposition, qui m’a aussitôt séduite et dont je vous fais part : inciter l’Église, les Églises, à créer une journée nationale contre l’antisémitisme. En cette année où nous célébrons le 70e anniversaire de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, qui est aussi celui d’Israël, n’est-ce pas là un bel objectif que nous pourrions nous donner ensemble pour les années ou même pour l’année à venir ? Aidons-nous les uns les autres à le réaliser !

Car dans cette amitié nous sommes deux, et nous avons besoin les uns des autres. C’est ce que m’écrivait un jour un grand ami juif de l’AJCF, président d’une communauté : « Nous ne pouvons plus marcher que la main dans la main »

Depuis plusieurs décennies l’Église, les Églises, entraînées par leurs principaux responsables, out tourné le dos à l’antijudaïsme séculaire et appellent les chrétiens à entrer avec les juifs dans une relation de fraternité.

Il y aura bientôt trois ans, d’éminents responsables du judaïsme ont publié trois déclarations capitales, une française, une internationale puis une européenne émanant de la conférence des rabbins d’Europe. Toutes trois appellent les juifs à choisir la confiance et à prendre la main que les chrétiens leur tendent depuis plusieurs décennies.

Cette main, que, juifs et chrétiens, nous nous prenons, il ne nous faudra plus jamais la lâcher.

Conclusion

Comment conclure cette soirée ?

J’aimerais très rapidement souligner deux points :

– Un rabbin orthodoxe, il y a bien 20 ans de cela, déclarait à un parterre de chrétiens qu’il avait été invité à rencontrer pour une session : « Il faut que vous sachiez, vous les chrétiens, que vous êtes nos pires ennemis ». Le verbe n’était pas employé au passé. De telles paroles provoquent évidemment un choc ; mais c’est un choc salutaire, car je crois qu’il n’avait pas tort et que les chrétiens doivent savoir cela. Ces paroles nous faisaient mesurer l’ampleur du travail à accomplir pour que soit changé le regard que nous portons les uns sur les autres.

En quelques décennies, des pas immenses, je le disais, ont été accomplis.

Exergue 6.pngDans une des trois déclarations juives que j’évoquais tout à l’heure, celle de décembre 2015, les rabbins orthodoxes affirmaient (et quel contraste avec les paroles de l’autre rabbin que je viens de citer) ; « Nous ne sommes plus des ennemis, mais des partenaires sans équivoque, dans la défense des valeurs morales fondamentales, pour la survie et le bien-être de l’humanité ». Ces valeurs, qui nous viennent de la Révélation biblique et que nous partageons, font en effet de nous des partenaires privilégiés, et nous pouvons souvent le constater lorsqu’il est question de défendre ensemble la dignité de la personne, à toutes les étapes de sa vie, ou la liberté d’expression religieuse dans notre société.

Mais plus encore que des partenaires, c’est des amis que nous devons être, et que nous sommes déjà pour nombre d’entre nous. C’est-à-dire prêts à se mobiliser, à secourir l’autre, à être à ses côtés lorsqu’il est dans l’épreuve, et à le faire savoir. De nombreux juifs, ces dernières années, ont manifesté leur solidarité envers les chrétiens d’Orient persécutés, pas seulement en paroles mais aussi en actes. Contre l’antisémitisme nous voulons dire aux juifs que les chrétiens sont à leurs côtés et que, grâce à nos efforts à tous, ils pourront être de plus en plus nombreux à nous rejoindre dans ce combat.

– C’est donc sur un appel, et c’est mon deuxième et dernier point, que je voudrais conclure cette soirée. Car il ne suffit pas que nos responsables juifs ou chrétiens avancent, il faut que le peuple suive. Si nous tous, présents ici ce soir, sommes persuadés qu’au contraire les chrétiens sont maintenant les meilleurs amis des juifs et que les juifs sont pour les chrétiens leurs « frères préférés » comme les a aussi nommés le pape Jean-Paul II, il faut que cela se sache et que cette amitié se propage.

Exergue 7.pngDepuis 70 ans, les membres juifs et chrétiens de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France vivent cette amitié, par la rencontre, l’étude commune, le partage de leurs joies comme de leurs peines, une longue fréquentation qui leur permet de se connaître et donc de s’estimer. Dans Notre Jeunesse, le grand livre où Charles Péguy, des années plus tard revient sur l’Affaire Dreyfus, et où il est si souvent question de son combat contre l’antisémitisme, Charles Péguy, qui fut le maître, ne l’oublions pas, de Jules Isaac et est donc comme la lointaine source de l’AJCF, écrivait avec justesse : « Les antisémites ne connaissent pas les juifs ». Les chrétiens de l’Amitié judéo-chrétienne, eux, ont la chance, et la joie, de connaître les juifs un peu comme de l’intérieur, et ils s’efforcent d’entraîner leur entourage (chrétien de près ou même de très loin, un peu comme les juifs de kippour) dans cette amitié, de la répandre autour d’eux. C’est à une mission semblable, au sein de leurs propres milieux, que se sont voués les juifs de l’AJCF, et les organisateurs de cette soirée, que je remercie encore, l’ont prise à cœur. J’ai l’habitude de dire à nos membres qu’ils ont à être le poil à gratter de leurs communautés respectives, ou, pour le dire plus noblement, le levain dans la pâte, afin qu’autour d’eux cette amitié grandisse, s’étende et transforme tous les cœurs. C’est là un des meilleurs moyens pour combattre de l’intérieur l’antisémitisme. Mais les membres de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France ne sont pas assez nombreux.

Nous avons un site, régulièrement mis à jour, une newsletter, comme on dit en bon Français, à laquelle il est facile de s’inscrire, une revue, Sens, dont l’éloge n’est plus à faire et à laquelle on peut aussi s’abonner : ce sont des gestes simples, mais d’un grand soutien pour l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.

Si tous, ici présents, nous pouvions sortir de cette salle, décidés à la rejoindre, quel élan cela donnerait à notre Amitié !

jacqueline-cuche-2Car c’est ensemble, juifs et chrétiens, que nous serons plus forts. JC♦

*Présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.

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