Contes et Connes

Roi Lion.jpgBande annonce précise et fidèle

Il était une fois une boîte aux lettres, dans laquelle arriva un message intitulé « Les cons, c’était déjà pénible, mais le pire, ce sont les connes ! »

Teasing irrésistible, qui convainquit la destinataire d’ouvrir sans attendre la pièce jointe : une étude sur les films de Walt Disney, aux conclusions accablantes pour des motifs sobrement énoncés dans le titre, « Hypersexualisation, racisme, violence conjugale (Konbini). »

Après lecture de l’étude, on ne peut que louer la pertinence et la concision de l’intitulé du mail d’accompagnement… Et impossible de résister au plaisir (sadique) d’en partager l’indigence intellectuelle et le relativisme anachronique. Ces caractéristiques résument la méthode des deux « chercheuses » anglaises, Victoria Cann et Laura Coffey-Glover, qui ont eu l’occasion d’exposer le vide sidéral de leur a-pensée politico-sociologique. Se fussent-elles abstenues, que l’on eût constaté un petit pas pour la réputation d’intelligence d’Homo Sapiens… et pas-du-tout de manque à gagner à connaître ces deux femmes, respectivement maîtresse de conférences en sciences humaines à l’université d’East Anglia et enseignante en linguistiques à celle de Nottingham.

De quoi s’agitent ces deux palourdes ? D’une critique de quelques films de Walt Disney décortiqués à la sauce #MeToo. Que ceux qui se sont régalés avec Aladin, le Roi Lion, la Belle et la Bête, la Belle au bois dormant ou Blanche-Neige, battent immédiatement leur coulpe : s’ils ne savent pas pourquoi, les deux saboteuses ridicules l’inventeront.

Ne pas laisser les faits influencer les préjugés

L’un de leurs principaux griefs contre les dessins animés de Walt Disney, en dehors du fait, manifeste, que le succès est un crime en soi, est le racisme. Le racisme ? Meuh oui, si vous n’avez rien remarqué, c’est que vous êtes mentalement colonisé par l’impérialisme américain. « Tous les bons personnages sont blancs, tandis que tous les méchants sont noirs », expliquent les exégètes, aussi bien à propos des personnages humains qu’animaux.

Ainsi le Roi Lion, met en scène une famille de lions (avez-vous besoin qu’on vous décrive la fourrure fauve de ces fauves ?), parmi lesquels le casting a choisi, pour personnifier le méchant, qui veut devenir roi à la place de son gentil neveu, l’oncle balafré. Tout vilain qu’il soit, la génétique l’a cependant nanti de la couleur classique de son espèce. Aie ! Les gentils et les méchants sont de la même couleur ? Ben oui.

Quoique… Les complices du méchant lion sont des hyènes. Elles sont de la couleur des hyènes. C’est pousser l’originalité un peu loin, mais bon… Leur fourrure varie donc selon les individus et leur âge. Les petits naissent avec des poils noirs et doux, qu’ils perdent au profit d’un pelage tacheté de couleur plus claire, brun grisâtre ou gris jaunâtre pâle, auquel se superposent des taches arrondies, rougeâtres, brun foncé ou presque noirâtres, sur le dos et l’arrière-train.

Il est tout aussi difficile de trouver à justifier la trouvaille des chercheuses avec les personnages secondaires : le gentil phacochère, gros porcin sauvage, possède une longue crinière sur le haut du dos et deux grandes défenses dirigées vers le haut, mais sa couleur est grosso modo celle des hyènes, sans les taches. Son meilleur ami est un suricate, sorte de singe au pelage blond agrémenté de franges sombres sur le dos. Il y a aussi un mandrill, qui joue le rôle du sage. C’est un primate à la peau noire bleutée soulignée de larges rayures et au visage dépourvu de poils, mais pourvu de couleurs vives, notamment un nez rouge. Damned ! Un gentil qui est noir ! Bon, OK, le racisme est impossible à prouver. Mais ça n’empêche pas les autres crimes !

Pas de racisme ? Cherchons la misogynie !

Peu de personnages féminins trouvent grâce aux yeux des anti-disneyistes primaires. Deux en tout et pour tout : les deux sœurs de La Reine des neiges, des héroïnes combattantes et indépendantes, délivrééééééées, libéréééées, qui relèguent les hommes aux rôles secondaires. C’est là que réside le nec plus ultra aux yeux des chercheuses. Malheureusement, nulle autre héroïne n’a cette aura. La Belle au Bois dormant, par exemple, est critiquable et critiquée. Le film, sorti en 1959 sur les écrans, d’après les livres éponymes de Charles Perrault (paru en 1697), puis des Frères Grimm (publié en 1812), pèche notamment parce que l’héroïne aurait dû balancer son porc : elle se fait embrasser par le Prince charmant, sans lui avoir donné son consentement éclairé. D’accord, elle dormait depuis cent ans, mais ce n’est pas une raison, en tout cas aux yeux des #MeTueuses.

Cendrillon, elle, est jugée superficielle. Comme la Belle au Bois Dormant, la version Disney de 1950 est inspirée par Perrault et les Grimm, respectivement à la fin du XVIIe et au début du XIXe siècles. Les dames coupeuses de cheveux en quatre du XXIe estiment que cette pauvre Cendrillon donne une mauvaise image du féminisme, en accordant une importance démesurée à son apparence. Témoins la pantoufle de vair, qui donne son nom à la version de Grimm, et la robe grâce à laquelle le scénario rend possible la rencontre au bal, dont la souillon aurait été expulsée. La même critique est faite à Aladin, où le personnage féminin, Jasmine, est accusée « d’hypersexualisation » à travers un énoncé, dont l’argument conceptuel le dispute au style littéraire : « Au niveau de ses habits, c’est simplement une femme en bikini. » C’est quasiment du Finkielkraut !

Contre l’idéalisation des contes

La Belle et la Bête, dont le conte d’origine date certainement du deuxième siècle et la première version française de 1740 (Wikipedia), indigne les universitaires parce qu’il fait croire aux femmes qu’avec de la patience et de la bonté, elles pourront transformer un homme violent en compagnon tendre et attentionné.

Okayeu, mais c’est un CONTE ! N’empêche. « L’histoire donne l’impression qu’une femme peut changer son partenaire violent si elle persévère suffisamment longtemps. À la fin, la Bête se transforme en bel homme blanc aux cheveux blonds. Cela donne l’impression que sa beauté l’empêche d’être en colère ou menaçant. » Et la critique donne l’impression que les deux profs de fac prennent leurs congénères pour de vraies débiles, à qui on peut faire avaler que patience et longueur de temps font plus que chirurgie esthétique et psychanalyse !

Une interprétation, pourtant évidente, a échappé aux duettistes de l’anachronisme. Elle concerne le Roi Lion et, plus précisément, le trio des hyènes affamées, qui obéissent au méchant, comme n’importe quelle femme des années 1950.

Or justement, la hyène fait partie de ces animaux dont le nom générique est au féminin, même lorsque les individus dont on parle sont mâles, à l’instar des fourmis, des araignées ou des girafes. Si les auteures avaient été françaises, elles s’en seraient félicitées, mais l’anglais supprime aux néo-féministes l’immense satisfaction d’une frustration majeure : le masculin est réservé aux mâles, humains et parfois animaux, quand ils sont personnifiés, le féminin aux femelles, dans les mêmes proportions, et tout le reste relève du neutre. Impossible, donc, de demander des modifications grammaticales du pluriel, où le masculin l’emporte injustement chez nous, car le « they » n’est pas genré dans la langue de Shakespeare.

Elles auraient dû, cependant, se réjouir que ce soit la femelle, Shenzi, qui dirige le trio et que les deux mâles, Banzaï et Ed, se contentent de suivre ses initiatives. Le personnage de Shenzi est décrit comme « vulgaire et dominante, ayant beaucoup d’influence sur ses compagnons (Wikipedia) », dont elle partage les ricanements hystériques, qui sont le propre des hyènes sous toutes les latitudes.

Vulgaires et dominantes, ayant beaucoup d’influence sur leurs compagnons et multipliant les ricanements hystériques, cela ne vous évoque pas irrésistiblement les néo-féministes françaises ? Mais si, vous savez bien, celles qui font la chasse aux « patrimoines » et aux « hommages » pour les transformer en « matrimoines » et « femmages », mais qui abandonnent les malheureuses Iraniennes et Palestiniennes à leurs bourreaux, pour ne pas désespérer Bab-el-Oued !

Il y a aussi des chercheurs qui trouvent

La Psychanalyse des contes de fées est à « l’étude » des deux Britanniques ce que la bibliothèque de La Pléiade est à la collection Harlequin. La première réunit des éditions de référence des plus grandes œuvres du patrimoine littéraire et philosophique français et étranger, imprimées sur papier bible et reliées sous couverture pleine peau dorée à l’or fin, la seconde offre des romans d’amour sous toutes leurs formes, de l’érotique au comique, en passant par l’historique et le fantastique, du moment que ça se termine par un mariage.

Bruno Bettelheim, psychanalyste, avait écrit Psychanalyse des contes de fées, en 1976, « pour aider les adultes, et plus spécialement ceux qui ont charge d’enfants, à comprendre l’importance des contes de fées », au nombre desquels le complexe d’Œdipe (Cendrillon, La Belle et la Bête), le principe de plaisir et celui de réalité (Les 3 petits cochons), la rivalité fraternelle (Les deux frères… des Frères Grimm), le désir de vengeance (Le génie et la bouteille), voire l’inceste (Peau d’Âne), l’ambivalence vis-à-vis de la sexualité (Le petit Chaperon Rouge), ainsi que la puberté masculine (Jack et le haricot magique) et féminine (Blanche-Neige).

« Les mythes mettent en scène des personnalités idéales qui agissent selon les exigences du surmoi, tandis que les contes de fées dépeignent une intégration du moi qui permet une satisfaction convenable des désirs du ça. » (Bettelheim)

Ça vous a une autre allure que les « habits de Jasmine », mais qui sommes-nous pour dire à deux universitaires britanniques que leurs cerveaux sont nus ? CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, MABATIM.INFO

Un commentaire

  1. Il faudrait analyser le conte de Brigitte et Emmanuel au Palais de l Elysée ,et les concequences psychosociologiques sur la majorité des petites françaises et petits français .

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