Christianisme des premiers siècles : « chef-d’œuvre de marketing et de management »

Le contexte de la Pax Romana et de la tolérance religieuse

Le développement du christianisme aux I° et IIᵉ siècle se fait dans un monde ancien qui se caractérise par une harmonie religieuse, où tant de nations différentes et mêmes ennemies respectaient les religions des uns et des autres. Il y avait cependant un fort courant de scepticisme vis-à-vis de la multitude des dieux, mais les Romains étaient attachés à une maxime de tolérance universelle. Seuls les Juifs développaient un grand zèle à défendre leur peuple et leur religion avec peu de prosélytisme. Les chrétiens vont faire de même, mais eux avec un fort prosélytisme, ils vont même considérer les dieux païens comme des démons, professer une horreur de l’idolâtrie, et leur obsession de se conserver pur, les amène à être contre tout ce qui est associé aux jeux, au théâtre, aux libations aux dieux pendant les repas, aux décorations des temples (statues…). Pour les pères de l’église de l’époque, Apollon et les muses sont les agents de l’esprit infernal et la musique, la peinture, la poésie, l’éloquence ont des origines impures. Les premiers chrétiens avaient en horreur les fêtes associées à la religion romaine et menaient une guerre sainte contre l’empire des démons.

Le christianisme apporte quelque chose par rapport à la religion romaine

Il y a un fort intérêt des populations pour cette religion qui se préoccupe plus des individus, apporte des réponses et des valeurs différentes des religions païennes (amour du prochain et amour de Dieu, recherche de la vérité, résurrection, immortalité de l’âme, paix entre les hommes). Il y a un prosélytisme très actif qui s’appuie sur des écrits, qui cible tout le monde et qui rencontre un écho favorable auprès de nombreux peuples aux cultures différentes au sein de l’Empire romain (44 territoires différents sous domination romaine), comme auprès des nombreux peuples barbares qui finissent par l’envahir (au moins 12 peuples différents).

La doctrine d’une vie future a sans doute en particulier beaucoup plu. En effet, il existait bien dans l’antiquité des réflexions philosophiques au sujet de l’esprit qui devait être d’une substance différente du corps et être éventuellement immortel, mais la plupart des personnes rejetaient ces idées et aucun grand homme ne semble avoir envisagé ou craint une récompense, une punition après sa mort. Alors qu’avec le christianisme, il y a la promesse d’un bonheur éternel sous condition d’adopter la croyance et d’observer les préceptes de l’évangile. De plus pour les premiers chrétiens, il y a la croyance que la fin du monde est très proche et tous les problèmes de l’Empire, dont les attaques des barbares, étaient vus comme les terribles calamités qui annonçaient la fin du monde.

Un prosélytisme universel et la croyance aux miracles

La morale pure et austère des premiers chrétiens a aussi été un atout pour le prosélytisme. Les fidèles qui entretenaient un grand mépris du monde professaient des sentiments de patience, de douceur et d’humilité. Ils prenaient souvent au sens le plus littéral les préceptes rigides enseignés par Jésus et les apôtres que l’on a par la suite expliqués d’une manière moins stricte et plus figurée. Ils condamnaient les plaisirs et le luxe, le célibat était vu comme l’état qui approche le plus la perfection divine, le mariage était toléré, mais le divorce interdit, ils avaient une aversion pour les objets de guerre et de gouvernement et se détournaient du service de l’État ou de l’armée. Ils obtiendront même la suppression des jeux (Théodose 492).

À l’époque, la croyance/superstition en un don de l’église à faire des miracles a aussi compté. En effet, l’église depuis le temps des apôtres a toujours prétendu à une succession de pouvoirs miraculeux de certains de ces membres : don des langues, visions, prophéties, pouvoir de chasser les démons, de guérir les malades, de ressusciter les morts…

Une organisation centralisatrice qui s’affirme

Le fonctionnement « républicain » de l’Église primitive a dû aussi plaire. Liberté et égalité primitive du gouvernement de l’Église, les évêques et les prêtres sont au début élus annuellement, même si dès la fin du 1ᵉʳ siècle on constitua des magistratures perpétuelles, ce qui engendra un progrès de l’autorité épiscopale au détriment des paroisses. Il avait aussi des conciles provinciaux et vers la fin du IIᵉ siècle en Orient il a des synodes provinciaux, même si par après on constate la prééminence des églises métropolitaines. D’un point de vue financier on est passé de la mise en commun des biens, à l’acceptation que certains ne versent que des tributs. Du temps de l’empereur Dèce (251), l’opinion des magistrats était que les chrétiens de Rome possédaient des richesses considérables qu’ils distribuaient aux pauvres, même si certains évêques en profitaient pour leurs plaisirs.

Au fil du temps, une organisation forte se met en place, se structure, résiste aux pressions des empereurs, aux querelles théologiques, aux querelles de pouvoirs en son sein, cumule les richesses et devient une institution puissante, stable, durable, avec un chef à sa tête (il y a eu jusqu’à présent 266 papes). L’Église a en partie créé la religion chrétienne, en régissant les dogmes et les pratiques, ces dernières ont été pour une grande majorité inventées au fur et à mesure. On a même défini un mot pour caractériser toutes les affirmations ou déclarations théologiques qui ne dérivent pas de la révélation divine : un théologoumène (ex. la résurrection des corps).

Un chef-d’œuvre de marketing et de management

Le christianisme s’est développé de façon extraordinaire en cinq siècles du fait :

— d’un contexte/marché favorable (tolérance en matière de religion,

— du déclin de l’Empire romain) ; d’une doctrine/offre qui a séduit (valeurs, immortalité de l’âme, résurrection…) ;

— d’un zèle/pugnacité à combattre la concurrence (intolérance vis-à-vis des cultes païens et des variantes dans les interprétations) ;

— de premiers fidèles/affiliés prosélytes et exemplaires (qualité morale, vie austère…) ;

— d’actions/communications spectaculaires (miracles, pouvoirs miraculeux…) ;

— d’une organisation et des forces prosélytes rapidement structurées (évêques, prêtres, moines…) qui a su s’adapter au fil du temps.

Tout cela m’amène à penser que le développement du christianisme est un chef-d’œuvre de marketing et de management.

Pour le marketing (voir paragraphe précédent : contexte/marché, offre, forces prosélytes, pugnacité face à la concurrence, affiliés exemplaires, communications) et pour le management, il faut prendre en compte la résilience de l’organisation et sa capacité d’adaptation : au départ un monothéisme simple à l’arrivée un mystère avec le père, le fils, le Saint-Esprit ; au départ une variante du judaïsme, puis jusqu’à Vatican II un antisémitisme chrétien ; au départ le rejet des idoles et de l’imagination superstitieuse des polythéistes, à l’arrivée toutes sortes de reliques, de miracles, d’icônes sacrées ; au départ le rejet des hommes divinisés et des dieux privés comme ceux qui protégeaient les associations romaines, à l’arrivée des saints protecteurs (des métiers, des villes…) qui ont la même fonction ; au départ le rejet de la richesse, à l’arrivée une église richissime ; au départ pas d’intervention dans le domaine temporel (refus de servir l’état, l’armée…), à l’arrivée : croisades, inquisition…

Le christianisme a su conquérir une suprématie sur le marché des religions à la fin de l’Empire romain d’occident, et a su durer en s’adaptant pour devenir quelque chose de très différent de ce qu’il était à l’origine avec les premiers chrétiens, c’est un chef-d’œuvre de marketing et de management. Enfin pour se détendre on peut regarder tout cela avec humour : (cliquez ici). MB♦

Michel Bruley, MABATIM.INFO

Un commentaire

  1. Il me semble que les premiers Chrétiens ont poursuivi une pratique du judaïsme et ont associe leur judaïsme avec la croyance en Jésus comme le messie . C’est Paul De Tarse qui a mis fin à cet amalgame lors du concil de Nissee ! Qui marque la création de l’église catholique et la nouvelle alliance avec la trilogie , mettant fin à l’alliance Abrahamique , ceci dans les grandes lignes ! Merci De me corriger si je me trompe!’
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