« Dôme d’acier » ou « Mur de fer »? Force et faiblesse d’Israël face à Gaza

Le nouveau round militaire entre Israël et Gaza, survenant à la veille de Tisha beAv, pose à nouveau la question lancinante de la doctrine stratégique israélienne face aux groupes islamistes soutenus par l’Iran. Au-delà des prouesses technologiques de « Kippat ha-barzel1 », les tirs incessants venus de Gaza interrogent la validité du nouveau modèle instauré par Tsahal après la destruction du Goush Katif et, au-delà encore, celle de l’ethos défensif de l’armée israélienne. Dans les lignes suivantes, extraites du livre Le mur de fer qui paraît ces jours-ci *, je montre en quoi Kippat Barzel est la négation du concept de Kir ha-Barzel2 développé par Jabotinsky il y a tout juste cent ans. P.L.

Le « Mur de fer » est devenu depuis un siècle un concept fondamental du lexique politique israélien. Peut-on dire pour autant que ce concept a été adopté dans les faits, c’est-à-dire dans la politique et dans la stratégie israélienne ? À cet égard, la réalité est plus contrastée. Si la doctrine de la dissuasion de Tsahal peut être globalement considérée comme l’application du « Mur de fer », la politique de défense israélienne n’est pas toujours conforme aux idées développées il y a cent ans par Jabotinsky. Ainsi, pour prendre un exemple récent, le système de défense « Kippat barzel » (« dôme d’acier ») mis en place par Tsahal autour de la bande de Gaza peut difficilement être considéré comme l’application du « Kir ha-Barzel » (« Mur de fer »), en dépit de la similarité des deux expressions.

Le Dôme d’acier illustre le paradoxe d’une armée toujours plus intelligente, mais de moins en moins audacieuse

Le « dôme d’acier », malgré toute sa perfection technologique, ne vise en effet pas à assurer une quelconque dissuasion pour Israël, face aux tirs de roquette incessants venant de Gaza, mais plutôt à protéger les civils israéliens, sans aucunement empêcher les groupes terroristes palestiniens de poursuivre leurs attaques. De ce fait, il illustre le paradoxe d’une armée toujours plus intelligente, mais de moins en moins audacieuse. Comme le savent bien les dirigeants de l’armée israélienne, seule une offensive terrestre au cœur de la bande de Gaza permettrait de démanteler les lanceurs de missiles, voire de mettre fin au pouvoir du Hamas, installé depuis le retrait de l’armée israélienne en 2006. Or, la protection toute relative offerte par le dispositif du « dôme d’acier » empêche en fait Tsahal de mener une telle offensive, en la dissuadant d’adopter une logique militaire plus coûteuse en vies humaines. La dissuasion s’exerce donc envers Israël et non envers ses ennemis.

Le « dôme d’acier » n’est donc aucunement l’application de la doctrine du « Mur de fer » élaborée par Jabotinsky il y a près de cent ans : il en est la négation.

Cet exemple ne signifie toutefois pas que le « Mur de fer » aurait été totalement oublié, mais que cette notion est appliquée de manière variable, selon les circonstances et les différents fronts. Israël fait ainsi preuve depuis plusieurs années d’une audace impressionnante face à l’Iran, multipliant les opérations et les éliminations ciblées en territoire ennemi, tandis que sur le front de Gaza, Tsahal se montre beaucoup plus timorée, restant sur la défensive la plupart du temps. Cette disparité montre que l’ethos défensif – qui remonte aux débuts de Tsahal et avant encore, à l’époque du Yishouv – s’avère insuffisant, face à des ennemis farouchement déterminés.

Toute l’histoire de la stratégie de défense d’Israël, depuis la Haganah et les premiers efforts d’auto-défense à l’époque de Jabotinsky et jusqu’à nos jours, est marquée par une oscillation permanente entre deux pôles opposés : celui de l’ethos purement défensif, largement prédominant d’une part, et celui d’un ethos offensif, celui de l’unité 101 dans les années 1950 et de la « Sayeret Matkal » (unité d’élite de l’état-major), d’autre part. De toute évidence, c’est cet esprit offensif qui a permis à Tsahal de connaître ses victoires les plus éclatantes, celle de juin 1967 ou celle de l’opération Entebbe, pour ne citer que deux exemples. Malgré cela, l’armée israélienne demeure attachée à l’ethos purement défensif, pour des raisons complexes liées à son histoire et à ses valeurs fondatrices. La doctrine du « Mur de fer » demeure ainsi d’actualité, un siècle après avoir été formulée par Jabotinsky.

Les récents événements violents survenus en mai 2021 dans les villes mixtes d’Israël, et la persistance d’une opposition radicale à l’existence de l’État hébreu dans la région – malgré les avancées remarquables des accords Abraham – montrent que la dissuasion demeure une nécessité impérieuse, tant sur le front intérieur que sur les différents fronts extérieurs. L’aspiration à la paix qui caractérise le peuple Juif et l’État d’Israël ne doit pas éluder cette nécessité. Le pacifisme aveugle, il y a cent ans comme aujourd’hui, menace la pérennité de l’existence d’un État juif souverain, au milieu d’un environnement encore largement hostile.

Aujourd’hui comme hier, la paix repose sur la préparation à d’éventuels conflits, selon l’adage latin toujours actuel (« Si vis pacem, para bellum »), ou selon les mots de Jabotinsky : « le seul moyen de parvenir à un accord [de paix] est d’ériger un mur de fer ». PL♦

Pierre Lurçat, Vu de Jérusalem


1 Traduction littérale : Dôme de fer
2 Mur de fer

* J’ai le grand plaisir d’annoncer la parution prochaine du nouveau tome de la Bibliothèque sioniste, Le mur de fer, Les Arabes et nous de Vladimir Jabotinsky. Il paraîtra officiellement à la rentrée de septembre mais est déjà disponible sur Amazon en prévente promotionnelle.

3 commentaires

  1. Bonjour Pierre. Je crois beaucoup plus à une faiblesse qu’à une pacification. Les mères des années 1967 étaient plus combattantes que ne le sont celles de nos jours. L’effritement a commencé déjà avec les guerres du Liban et la création du groupe arba imahot (quatre mère) en 1997. Cela coïncidait avec les accords d’Oslo et l’illusion d’une paix possible et proche… et depuis l’état juif d’Israël ne fait qu’erreur sur erreur. Il aurait dû reprendre Gaza, détruire toutes les infrastructures terroristes et renvoyer les arabes de Gaza à l’Egypte qui est leur pays natal.
    Mais la gauche s’est affermie et ses demandes de concessions nous mènent directement vers la perte inéluctable de l’Etat juif d’Israël. Il n’y a qu’à écouter la Gauche prétendre faire de ce lopin de terre un état pour tous ses citoyens pour comprendre que tout est foutu.
    Triste en effet…

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  2. Le dôme de fer montre ses limites. Je l’ai pensé depuis que j’en ai eu conaissance.de sa conception et de son déploiement. C’est un dispositif efficace en temps de calme relatif. Il permet de stopper avec une certaine efficacité les quelques tires sporadiques lancés par des voisins qui cherchent la provocation. Les voisins enemies l’ont bien compris, ils savent qu’ en multipliant les tirs groupés le système est vite dépasse et coûte très cher.
    Il faut reconnaître que ce système permet de vivre avec moins de tension dans le pays et d’éviter, au moindre tirs, de déclancher des opérations avec un engagement qui perturbe l’activité du pays et coûteux en vie humaine.
    Je pense que le commandement israelien est bien conscient de cela et ne néglige pas la préparation, pour le cas échéant, devoir entamer des opérations d’envergure.
    Les principes penses il y a 100 ans peuvent évoluer avec les techniques d’armements à disposition. Rien d’alarmant a cela.

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  3. J ai lu votre publication sur la tactique ou plutôt la doctrine de Tsahal .Je ne suis pas un militaire mais il me semble que la tactique a adoptée depuis la Hagana était grosso modo l attaque par tous les moyens et la surprise .
    Cette tactique était la doctrine Wingate , du nom de l officier anglais qui la proposa aux chefs de la Haganah qui l adoptèrent et s avera payante surtout pour la guerre d indePendance ou l audace et la surprise firent merveille .67 fut l apothéose de cette philosophie .Effectivement cela fait peur et on a vu le chef d état major de la petite armée de 67 ne pas supporter le risque encouru et être , de facto, remplacer par Dayan .
    La guerre du Liban a montré qu Israël ne pouvait être une armée d occupation .D ailleurs toutes les armées d occupation on fini par échouer.´ .pour terminer je dirai que l armée a occupé Gazacet scest retiree .La seule solution acceptable dans un monde hostile à Israël c est la punition la plus dure possible avec la supériorité technique qui permet toutes les audaces et peut coûteuse humainement .
    Le dôme de fer est efficace maintenant à 97% et bientôt le laser sera encore plus effacé et d un coût derisoire
    Rentrer dans gaza coûterait certainement beaucoup d hommes , pour un résultat identique .Repli sur nos bases et peut être la perte de alliance qui certe sot peut être éphémères mais sont un atout considérable contre un ennemi qui veut la destruction d Israël et qui a l’oreille des Europeens qui Quoiqu ils disent veulent la disparition d Israël .

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